Jean-Jacques Aillagon

C'est un nouveau président quelque peu controversé qui succède à Serge Adda (décédé en novembre 2004) à la présidence de la chaîne francophone internationale TV5. L'ancien Ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement Raffarin de 2002 à 2004, bête noire des intermittents du spectacle pendant son mandat, était le candidat officiel du gouvernement français qui l'avait proposé à ce poste en février dernier. Agé de 58 ans, ancien prof d'histoire-géo, ex-président du Centre Pompidou, actuellement conseiller régional UMP de Lorraine et membre du Conseil économique et social, Jean-Jacques Aillagon est également conseiller culturel du groupe Artemis de François Pinault et directeur artistique du Palazzo Grassi de Venise.

Outre l'interminable conflit avec les intermittents du spectacle qui a entamé son image d'homme consensuel capable de réunir la gauche et la droite sur les questions culturelles, ce proche de Jacques Chirac a laissé un bilan mitigé lors de son passage au gouvernement. On lui reproche l'abandon de plusieurs projets lancés par Jack Lang, certaines réformes passées en force et sa gestion timide et pas toujours heureuse de plusieurs dossiers chauds, notamment en matière d'audiovisuel. Il avait du quitter le gouvernement à la suite de la défaite de la droite aux régionales de 2004.

Sa canditature à la tête de TV5 était néanmoins soutenue par Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac malgré l'opposition du Syndicat National des Journalistes (SNJ) et du Syndicat Radio Télé de la CFDT. Ces derniers estimaient qu'il s'agissait d'une "désignation politique" digne d'une "République bananière" et menaçaient de porter l'affaire en justice en vertu de l'article 432-13 du code pénal stipulant qu"'il est strictement interdit à une personne qui, du fait de sa position administrative, a eu la tutelle sur une entreprise, d'y travailler dans un délai de cinq années après la cessation de sa fonction". Devant ce risque juridique, Jean-Jacques Aillagon a demandé au Garde des sceaux de saisir le Conseil d'Etat afin d'examiner son statut. Celui-ci a rendu son avis la semaine dernière, positif. Sa nomination n'était plus alors qu'une formalité et il a été élu mercredi 6 avril, à l'unanimité des membres du conseil d'administration de TV5.

Le Parti Socialiste, par la voix de sa secrétaire nationale à la Culture et aux médias Anne Hidalgo, a dénoncé cette "nomination éminemment politique" qui "démontre la conception des médias publics d'un autre temps de la part du gouvernement Raffarin". Il se demande si le rôle de M. Aillagon n'est pas de faire disparaître TV5 au profit de la nouvelle chaîne internationale d'information CFII, souhaitée par Jacques Chirac au début de la guerre en Irak pour concurrencer les grands networks américains, dont le projet est actuellement piloté par TF1 et France Télévisions.

Première chaîne mondiale de télévision en français, TV5 émet 24 heures sur 24 dans plus de 203 pays sur cinq continents. Plus de 160 millions de foyers peuvent la recevoir par câble ou satellite. Son actionnariat est constitué par plusieurs chaînes de l'audiovisuel public français, France 2, France 3, France 5, RFO et Arte France, ainsi que par la RTBF belge, la TSR Suisse, Radio Canada et Télé Québec, réunies au sein du Conseil International des Radio-Télévisions d'Expression Française (CIRTEF).