Denis Robert
Denis Robert

L'écrivain journaliste d'investigation Denis Robert, auteur de Révélation$, est condamné pour diffamation envers la multinationale de la finance Clearstream.

Les magistrats du Tribunal de Grande Instance de Paris ont rendu lundi 29 mars deux jugements estimant que le prévenu a manqué de prudence et n'apportait pas de preuves suffisantes pour étayer ses affirmations sur le blanchiment d'argent sale par cette société financière luxembourgeoise. Le premier, contre l'auteur et son éditeur Laurent Beccaria, directeur des éditions des Arènes, les condamnent à payer solidairement un euro de dommages-intérêts à Clearstream qui en demandait 120.000 et ordonne l'insertion du jugement dans les prochaines éditions du livre, sans toutefois demander la suppression des passages litigieux. L'autre, contre l'auteur et Pierre Lescure, directeur de Canal + qui avait diffusé en 2001 un reportage intitulé Les dissimulateurs tiré de cette enquête, condamne également les prévenus à payer un euro symbolique à Clearstream qui en demandait 305.000 et ordonne la publication du jugement dans deux journaux.

Clearstream est un des plus grands organismes financiers d'Europe. Installée au Luxembourg depuis le début des années '70', c'est une sorte de banque des banquiers qui sert de chambre de compensation en gérant les échanges financiers internationaux. Elle traite des opérations qu'on appelle le "clearing", c'est-à-dire le règlement des achats et des ventes de titres sans déplacement d'argent, par simples virements informatiques. Elle brasse ainsi chaque année des sommes équivalent à quelques 250 fois le budget de la France pour le compte de plus de 3000 banques clientes et d'une centaine de places financières dans le monde. Dans Révélation$, Denis Robert accuse Clearstream d'avoir mis en place un système irrégulier de comptes de compensation dits "non publiés". Selon lui ce système ferait disparaître les traces informatiques de certaines opérations financières, permettant ainsi à quelques "banquiers, multinationales, particuliers, mafieux et trafiquants d'armes et de drogue" de transférer anonymement des capitaux vers les paradis fiscaux et de blanchir de l'argent sale. A la sortie du livre, en 2001, Denis Robert avait dû faire face à de nombreux procès, menaces, pressions et même à des tentatives de discrédit et d'étoufement de son livre par les responsables du journal Le Monde, comme l'expliquent Pierre Péan et Philippe Cohen dans un chapitre de La face cachée du Monde. C'est le député Arnaud Montebourg, membre d'une Commission de l'Assemblée Nationale sur les affaires de corruption et de trafics financiers, qui avait incité une presse frileuse — économique ou généraliste, celle-ci est souvent liée à des intérêts financiers puissants par le biais des grands groupes de communication — à s'intéresser à ce dossier explosif sur l'univers obscur du nouveau capitalisme en terrain de mondialisation.

Dans un communiqué, Clearstream indique que ce dernier jugement en leur faveur "conclut de façon positive la procédure judiciaire que la société avait intentée contre les parties impliquées dans la publication de fausses allégations contre Clearstream". Pour sa part, Denis Robert déclare qu'en le condamnant à un euro de dommages et intérêts, "le tribunal, même s'il nous condamne, fait ainsi preuve d'une relative mansuétude". Il rappelle aussi que ce jugement intervient après que Clearstream eut été déboutée dans toutes ses demandes contre un autre de ses livres, La boîte noire, qui reprend et approfondit les accusations contenues dans Révélation$ et raconte les répercussions de la publication du livre. Le 08 octobre 2003 le tribunal avait en effet débouté Clearstream dans son procès en diffamation contre Denis Robert et Thierry Ardisson à la suite de propos tenus à l'antenne de France 2. Après avoir entendu divers témoins et experts, il avait alors estimé que les informations étaient "sérieuses et recoupées, dépourvues d'animosité et exprimées avec prudence".