Daniel Schneidermann
Daniel Schneidermann

Le Tribunal des Prud'hommes de Paris a condamné vendredi 13 mai le journal Le Monde à 80.000 euros de dommages et intérêts pour le licenciement, en septembre 2003, de Daniel Schneidermann "sans cause réelle ni sérieuse".

Chroniqueur au supplément Télévision du quotidien, Daniel Schneidermann avait à l'époque publié un livre, Le Cauchemar médiatique, où il revenait sur l'affaire qui opposait les dirigeants du Monde et les auteurs de La face cachée du Monde, Pierre Péan et Philippe Cohen. Dans un chapitre le journaliste y critiquait notamment la façon dont le journal avait réagi à la publication de cet ouvrage. La direction du Monde l'avait immédiatement viré et publié la lettre de licenciement dans les colonnes du quotidien en invoquant des "causes réelles et sérieuses" de rupture de contrat pour ce "véritable réquisitoire contre Le Monde et ses dirigeants".

L'avocate du quotidien a plaidé devant les prud'hommes qu'un journaliste devait être comme tout salarié loyal à son entreprise et qu'il n'avait donc pas le droit de "dénigrer" publiquement le journal qui l'employait. Selon elle le chroniqueur "aurait pu se montrer critique sans problème à l'intérieur du journal, mais que puisqu'il l'avait fait à l'extérieur, c'était une manière de dénigrer le Monde". Maître Michel Zaoui, avocat du journaliste, a lui au contraire estimé que le chapitre controversé "n'a rien d'un dénigrement et qu'il s'agit essentiellement de l'indignation d'un journaliste profondément attaché à son journal". Il a plaidé que le métier de journaliste impliquait un droit de critique, même contre son employeur. "Ce n'est pas simplement un banal litige concernant le droit du travail et un licenciement, puisque la question est posée de la liberté d'expression du journaliste lorsqu'il est à l'extérieur de son entreprise", a-t-il ajouté lors du rendu du jugement.

Daniel Schneidermann, qui anime aujourd'hui l'émission Arrêt sur images sur France 5 et tient une chronique sur les médias à Libération, s'est quant à lui déclaré très heureux de ce jugement pour le métier qu'il pratique, c'est-à-dire "le journalisme sur le journalisme". Sur son blog il précise qu'il avait ressenti son licenciement comme une injustice et un abus de pouvoir de la direction du Monde.

Le directeur général de l'ex-journal de référence s'est étonné de la décision du Conseil des Prud'hommes et annonce qu'il va faire appel. En attendant, même en interjettant en appel, Le Monde doit déjà verser la moitié de la somme des dommages et intérêts, soit 40.000 euros, à son ex-employé licencié, conformément à l'exécution provisoire qui a été prononcée.