Néo-Impressionisme

Le musée d'Orsay expose plus de 120 toiles des peintres néo-impressionnistes Seurat, Signac et Pissarro mais aussi d'artistes du XXe siècle influencés par leurs travaux comme Henri Matisse, Vasilli Kandinsky, Paul Klee ou Piet Mondrian.

C'est la première fois en France qu'une exposition d'une telle ampleur est consacrée au néo-impressionnisme, ce mouvement fondé à la fin du XIXe siècle par Georges Seurat, jeune peintre initialement formé sur des bases classiques par Henri Lehmann (disciple d'Ingres) et décédé très tôt, en 1891, à l'âge de 31 ans. Succédant au courant impressionniste et cherchant un nouveau fondement scientifique à son art, Seurat et son grand ami Paul Signac s'intéressèrent de près dans les années 1880 aux études sur l'optique et la lumière réalisés par des physiciens ou des chimistes comme Chevreul, Maxwell, Helmhotz, Dove, etc. Ils initièrent et élaborèrent bientôt une nouvelle peinture basée essentiellement sur la division de la couleur et la juxtaposition de minuscules touches. Leurs tableaux sont d'abord le fruit d'un long travail de préparation et de composition en atelier avant d'être ensuite couverts de très petits points ou traits de couleur posés les uns à côté des autres. C'est l'oeil du spectateur qui recompose la vue d'ensemble s'il regarde ce semis à une certaine distance. Ce qui n'empêche pas les amateurs fascinés de regarder aussi de très près afin d'admirer ces géniales mosaïques vibrantes de couleurs très intenses et très pures.

Il est dommage qu'Un dimanche sur l'île de la Grande Jatte (1884-1886) de Georges Seurat ne soit pas exposée (elle se trouve à l'Art Institute de Chicago mais Orsay présente toutefois la belle esquisse de la même toile appartenant au Metropolitan Museum de New York) car c'est ce tableau avant-gardiste qui, exposé dans une petite salle lors de la dernière exposition impressionniste, surprît les spectateurs par sa nouvelle texture et fût à l'origine du mouvement. Exposé l'année suivante au Salon des Indépendants, il fît l'objet d'un compte-rendu critique de Félix Fénéon qui théorisa la méthode du peintre et employa pour la première fois le terme de "néo-impressionnisme". Suivirent ensuite d'autres grandes toiles : Les Poseuses, La Parade, Le Chahut, Le Cirque,... et les oeuvres de Paul Signac, Pissarro père et fils, Charles Angrand, Henri-Edmond Cross, Maximilien Luce, etc. Le parcours de l'exposition ne passe pas d'un peintre à l'autre mais décline en quatorze sections les différents aspects plastiques du mouvement, allant de l'espace-plan aux mosaïques, en passant par la géométrie, l'arabesque, la lumière, la couleur ou les nocturnes. Les néo-impressionnistes peignirent des scènes de la vie quotidienne moderne, des foules, des banlieues, des bords de mer. Ils réalisèrent aussi beaucoup de portraits. Parmi les chef-d'oeuvres des principaux membres du mouvement, citons Jeune paysanne faisant du feu de Camille Pissarro (1888), La Seine à l'aube de Charles Angrand (1889), Chevelure d'Henri-Edmond Cross (1892).

Les travaux et recherches menés par Seurat et ses amis firent rapidement école dans toute l'Europe. Ils influencèrent de grand maîtres comme par exemple Vincent Van Gogh (il admirait Georges Seurat et travailla même avec Paul Signac à Asnières) ou Toulouse-Lautrec ainsi que la plupart des révolutions picturales de la première moitié du XXe siècle, du cubisme au fauvisme en passant l'abstraction. Le visiteur du Musée d'Orsay pourra ainsi pister leur rayonnement entre autres dans Luxe, calme et volupté d'Henri Matisse (1905), Le Port de Collioure d'André Derain (1905), L'Eglise Saint-Louis à Munich de Vasilli Kandinsky (1908), Dune II de Piet Mondrian (1909) ou encore Rivage classique de Paul Klee (1931).

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Le Néo-impressionnisme: de Seurat à Paul Klee, Exposition du 15 mars au 10 juillet 2005 au Musée d'Orsay, 1 rue de la Légion d'Honneur 75007 Paris, Tél: 0140494814.

Catalogue Le Néo-impressionnisme, de Seurat à Paul Klee, sous la direction de Serge Lemoine (éditions Réunion des Musées Nationaux).