Centre National du Livre

Une pétition, déjà signée selon les initiateurs par plus de 300 auteurs, circule depuis quelques jours sur l'internet et dans les petites chapelles de la poésie française vivante. Elle s'insurge contre les décisions du Directeur du Livre et de la Lecture, Eric Gross, qui est également Président du Centre National du Livre (CNL) et épinglé à ce titre pour les mauvaises manières qu'il fait aux poètes membres de ses services.

Le CNL a entre autres pour mission de répartir les aides financières de l'Etat — sous forme de bourses, prêts ou subventions — aux auteurs et aux éditeurs méritants qui produisent des oeuvres de qualité difficiles à rentabiliser rapidement. Pour remplir sa tâche, il est organisé sous forme de Commissions spécialisées (théâtre, philosophie, littérature étrangère, poésie, etc..) comptant chacune entre dix et vingt membres renouvelables et reconnus pour leur compétence dans la discipline concernée. Après consultation des dossiers et manuscrits qui leurs sont soumis, les commissions émettent un vote favorable ou non à l'attribution d'une aide. Statutairement, le dossier passe ensuite entre les mains du Secrétaire général du CNL (la récemment nommée Anne Miller) qui vise les conditions financières et administratives puis atterrit sur le bureau du Président qui a pouvoir de décision. Celui-ci se contente en général de suivre l'avis qui lui est proposé et signe le contrat pour l'aide accordée. Du moins c'était ainsi à chaque session trimestrielle depuis 1973, année de création du premier Centre National des Lettres. Eric Gross a décidé de changer les usages et fait désormais valoir sa propre décision, ce qui n'a pas l'heur de plaire aux poètes désavoués. Selon l'oulipienne Michelle Grangaud, actuellement responsable du secteur, le président du Centre National du Livre ne suit plus les recommandations motivées de sa Commission et a décidé à plusieurs reprises depuis un an de réduire, de supprimer ou d'accorder des aides selon son bon vouloir. Il a notamment transformé lors de la dernière session une "bourse d'année sabbatique" (26.400 euros) accordée au poète Dominique Meens en simple "bourse de création" (13.200 euros).

Le conflit intervient alors que la Cour des Comptes vient de pointer les bizarreries comptables du Centre National du Livre et que le Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres — dont dépend le CNL — a entrepris d'engager une série d'audits et de réformes dans les services de la Direction du Livre. "On commence par s'en prendre à la la commission Poésie. Si les gens se taisent, on passera à la commission Art, puis Roman, puis Traduction, etc. Arbitrairement, on aide avant tout ses amis", a déclaré à l'AFP un autre membre de la commission poésie actuellement composée de Oscarine Bosquet, Vincent Broqua, Pascal Commère, Jean-Michel Espitallier, Alain Girard-Daudon, Isabelle Howald, Emmanuel Laugier, Pierre Le Pillouër, Philippe Longchamp, Sabine Macher, Jérôme Mauche, Jean-Claude Pinson, Franck Smith, Catherine Soullard, Esther Tellermann, André Ughetto et Catherine Weinzaepflen.

Eric Gross, interrogé par la revue professionnelle Livres-Hebdo, se défend de son côté de ne pas tenir compte de l'avis des commissions mais reconnaît qu'il a été amené, dans environ 1% du total des dossiers, à prendre des décisions différentes des commissions. Il revendique par ailleurs ce rôle de décisionnaire final, précisant qu'il ne lui semble "pas malsain qu'un arbitre extérieur, sans doute moins généreux et plus terre à terre que les commissions, soit en désacord sur 1% des choix".