Éditions Le Passeur

Le Cecofop (Centre de Conseil et de Formation Professionnelle), fondé il y a une vingtaine d'années à Nantes par Yves Douet, est une structure privée de formation aux métiers du livre fonctionnant sous forme associative. L'école dispense chaque année quatre formations via ses filiales Prolibris (économie du livre), CDL (diffusion, librairie), Projuris (Droit) et IARD (secrétariat), à quelque 80 étudiants aspirant au métier d'éditeur. Dans le cadre de cet enseignement les stagiaires de chaque promotion sont amenés, sous la direction d'une cinquantaine de professeurs, à réaliser de A à Z le programme annuel des éditions Le Passeur, soit la publication et la commercialisation de six livres (trois français et trois traduits) ainsi que la revue Passeport. La formation est de qualité, au même titre que le catalogue des ouvrages publiés, et la plupart des stagiaires trouvent à leur sortie un emploi dans le milieu professionnel.

Le financement de l'association est assuré par le Conseil Régional des Pays de Loire, la cotisation des étudiants, les aides d'état à la formation professionnelle et les résultats de ventes des livres. Tout allait bien ainsi jusqu'en 2003 où le Cecofop se met à accuser un déficit de 61.000 euros sur les 600.000 euros du budget. Baisse des subventions, mévente des livres, incendie d'une partie du stock chez le distributeur (Les Belles Lettres), et autres aléas communs à cette profession à risques concourent à creuser le trou. Yves Douet met alors en place un plan d'économie consistant notamment à réduire les salaires et à supprimer le treizième mois des employés. Face à cette remise en cause des acquis sociaux, certains membres et salariés de l'association reprennent brutalement le pouvoir lors de l'Assemblée générale du 29 juin 2004 et engagent une procédure disciplinaire contre Yves Douet. Le nouveau Conseil d'administration, présidé par Pascale Duchateau, se refuse depuis lors à communiquer en détail sur cette mesure ainsi que sur les problèmes rencontrés par le Cecofop.

Devant cette situation et pour protester contre le licenciement en cours d'Yves Douet, une cinquantaine d'enseignants et stagiaires se sont mis en grève depuis le 7 février. Une partie de la profession, jugeant aussi qu'en s'en prenant à Yves Douet les nouveaux administrateurs de l'école risquent de détruire une structure importante du monde du livre, a décidé de le soutenir et fait circuler une pétition. Signée entre autres par les éditions Phébus, José Corti, Maurice Nadeau, Denoël, Calmann-Lévy, Les Arènes, POL, Joëlle Losfeld, Verticales, Champ Vallon, Le Rocher, etc, ainsi que par de nombreux écrivains, traducteurs et libraires, elle annonce que : "Nous, écrivains, éditeurs, bibliothécaires, avocats, juristes, professionnels du livre ou du droit, sommes consternés d'apprendre ce qui se passe actuellement au Cecofop et particulièrement les menaces de licenciement qui pèsent sur son directeur, Yves Douet. Sans lui, les très réputées formations aux métiers du livre et du droit n'auraient pas d'existence, encore moins le remarquable catalogue que constituent les éditions Le Passeur, outil central et singulier de cette structure. Nous tenons ici à dire tout notre soutien à Yves Douet, créateur de cette école unique et originale. En attaquant Yves Douet, pour lequel nous avons estime et attachement, c'est au Cecofop lui-même qu'on s'en prend et, par là, à un rouage important du monde des livres, de l'édition et du droit."