Éditions du Seuil
Éditions du Seuil

Inquiets pour leur avenir, en conflit avec le PDG Hervé de La Martinière, impuissants devant les déboires que rencontre la nouvelle filiale de diffusion Volumen, les employés ont voté un arrêt de travail d'une journée mardi 21 décembre, pour ne pas "subir passivement la mort annoncée du Seuil" disent-ils. Les délégués syndicaux demandent notamment que les statuts sociaux des personnels regroupés de La Martinière (70 employés), du Seuil (500) et de Volumen (70) soient harmonisés et revus à la hausse, certains salariés étant plus avantagés que d'autres.

La crise qui couvait depuis le rachat, en janvier 2004, de la maison d'édition par La Martinière a éclaté au grand jour juste après l'assignation du groupe par des éditeurs diffusés, tout aussi exaspérés que leurs clients libraires qui avaient beaucoup de difficultés à se procurer les livres auprès du nouveau distributeur. José Corti, Minuit et Christian Bourgois ont en effet intententé un référé devant le tribunal de commerce. Ils souhaitaient faire valoir la perte de chiffre d'affaires qu'ils subissent depuis la rentrée en raison des dysfonctionnements constants de Volumen et demandaient un audit de cette structure de distribution. Ils ont été déboutés mais n'excluent pas de poursuivre la procédure. De nombreux autres éditeurs associés ou diffusés par La Martinière / Le Seuil font également part de leur inquiétude quant ils ne quittent pas carrément l'entreprise comme Odile Jacob qui a récemment préféré rejoindre Gallimard.Parmi les autres violents soubresauts qui secouent le groupe depuis janvier il y a aussi eu le départ du directeur du Seuil, Claude Cherki, accusé de délit d'initié. Il a été remplacé par Pascal Flamand, fils d'un des fondateurs de la maison. Olivier Cohen, des éditions de L'Olivier, a lui été nommé directeur littéraire, ce qui a entrainé le départ d'un pilier de l'entreprise, Jacques Binsztok, responsable du pôle Images (BD, Beaux-livres,...) qui était opposé au rachat du Seuil par La Martinière et qui est parti créer sa propre maison. D'autres cadres, en désaccord avec les évolutions de l'entreprise, ont également démissionné et des auteurs, tels entre autres Catherine Millet, sont parti signer chez d'autres éditeurs.

Hervé de La Martinière comprend les inquiétudes et le mécontentement de tout le monde, employés, auteurs, libraires et éditeurs diffusés, reconnaissant qu'il avait sous-estimé les difficultés à fusionner le Seuil et La Martinière, mais il fait un bilan globalement positif de l'année 2004. Il précise dans un entretien au journal Libération que les choses sont en train de s'améliorer au niveau de Volumen et note que le chiffre d'affaire de son groupe éditorial — le troisième en France après Hachette et Editis — est malgré tout en progression de +4,3%.