Elfriede Jelinek
Elfriede Jelinek

Née le 20 octobre 1946 à Mürzzuschlag, en Styrie (sud de l'Autriche), Elfriede Jelinek est la fille d'une mère roumaine de langue allemande, bourgeoise très catholique et autoritaire, et d'un père tchèque juif socialiste qui sombra dans la folie. Elle suit à l'Université et au Conservatoire de Vienne des études d'art dramatique et de musique jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'organiste en 1971. Elle publie parallèlement des poèmes, notamment dans la revue viennoise d'avant-garde Protokolle, ainsi qu'un premier roman, mais elle est remarquée par la critique et le jeune public autrichien seulement quelques années plus tard, lors de la publication des romans "scandaleux" Die Liebhaberinnen (Les Amantes, 1975), mettant en scène le destin de jeunes ouvrières, et Die Ausgesperrten (Les Exclus, 1980) questionnant acidement la société à partir d'un crime absurde commis par une bande de lycéens. Elle devient célèbre en 1983, avec la sortie et la traduction dans plusieurs pays de son septième roman, Die Klaverspielerin (La Pianiste) — adapté plus tard par le cinéaste autrichien Michael Haneke, avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre — qui relate la passion masochiste d'une vieille fille aigrie succombant à un jeune homme manipulateur. Le roman pornographique Lust (Plaisir) scandalise de nouveau l'Autriche bien-pensante en 1989 mais devient lui aussi un best-seller. Parmi les autres derniers romans traduits en Français, citons Langages de l'amour (2000) et Avidité (2003). Elfriede Jelinek est également l'auteur de plusieurs pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et la télévision ainsi que de pièces radiophoniques et de traductions (Pynchon, Feydeau, Labiche,...). Partageant sa vie entre Vienne et Munich, elle a reçu une dizaine de prix littéraires autrichiens ou allemands, dont le prestigieux Prix Heinrich Böll (1986), le prix Georg Büchner (1998) et le prix Heinrich Heine (2002).

Elfriede Jelinek pratique dans une langue véhémente une critique ironique mais radicale et impitoyable de la société contemporaine autrichienne dont elle met à nu les travers sexuels et les structures mentales "nazies" cachées derrière le conservatisme bourgeois, ce qui a souvent provoqué ses compatriotes et attiré sur elle une certaine hostilité. Une partie des autrichiens la déteste d'autant plus qu'elle n'hésite pas à s'engager politiquement, comme ce fût le cas en février 2000, lorsqu'elle avait interdit qu'on joue ses pièces en Autriche pour protester contre l'entrée de l'extrême droite au gouvernement. Certains critiques littéraires raillent son pessimisme et son "fascisme de gauche" et plusieurs librairies du pays refusent encore de vendre ses livres. On compare beaucoup son oeuvre à celle de ces autres auteurs germaniques dérangeants, polémistes et désanchantés qui n'ont cessé d'interroger le passé lugubre et le présent hypocrite de leur pays tels Karl Kraus, Kurt Tucholsky, Heiner Müller ou Thomas Bernhard entre autres. L'Académie suédoise du prix Nobel a salué quant à elle une oeuvre qui dévoile "avec une exceptionnelle passion langagière l'absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux" ainsi que "le flot musical de voix et contre-voix dans ses romans". C'est la dixième femme de lettres a obtenir le Prix Nobel de Littérature depuis sa création en 1901.

La plupart des romans d'Elfriede Jelinek, traduits en français par Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize, sont publiés chez Jacqueline Chambon ou aux éditions du Seuil et ses pièces de théâtre à l'Arche.