Claude Cherki

Claude Cherki, PDG des éditions du Seuil, accusé de délit d'initié, s'est démis mercredi 9 juin avec effet immédiat en même temps de ses fonctions à la tête de la maison d'édition et au staff du Syndicat National de l'Edition, "avec un sentiment de tristesse et d'injustice, mais de devoir accompli" selon son communiqué. "Je démissionne dans l'intérêt du Seuil pour que ces attaques diffamatoires ne touchent pas la maison que j'ai développée pendant 14 ans. Je n'ai rien fait de répréhensible, ni sur le plan légal ni sur le plan moral", explique-t-il. Cette démission est le point d'orgue d'une crise qui secoue depuis plusieurs mois la prestigieuse maison de la rue Jacob. En mai 2002, des employés actionnaires du Seuil avaient plus ou moins été incités à vendre leurs parts — 19 euros par titre à l'époque — à la société Friedland Investissement créée et dirigée par Jacques Darmon, administrateur du Seuil et proche de Cherki. Quelques mois plus tard, en janvier 2004, lors du rachat du Seuil par La Martinière, les mêmes actions sont montées à 97 euros. Juste avant l'annonce publique de la fusion Claude Cherki aurait semble-t-il racheté la moitié des actions à Jacques Darmon, réalisant une plus-value de deux millions d'euros. Mécontents, notamment depuis que des lettres anonymes dénoncent dans tout Paris ces importantes plus-values réalisées par les deux PDG, quatre des ex-actionnaires floués ont lancé une procédure en justice et un expert a été désigné qui examine actuellement en détail les conditions du rachat. Pour le démissionnaire qui se défend de tout délit d'initié, "c'était une transaction d'ordre privé, dans un cadre légal. Je n'avais pas à le dire (au personnel du Seuil, NDLR). Cela ne porte préjudice à personne. Jacques Darmon est un ami. (..) Je lui ai acheté des parts que j'ai payées à un prix confidentiel, supérieur à celui auquel il les avait achetées. C'est une affaire banale qui devient une affaire d'état dans un milieu où l'argent est suspect", a-t-il déclaré au journal Le Monde. Dans cette maison plutôt austère fondée sur des valeurs morales élevées, ce genre d'ententes à des fins personnelles de la part d'un responsable qui avait jusqu'alors la confiance de tous a en effet choqué beaucoup de monde et donné lieu à de houleux débats. L'un des plus influents éditeurs de la maison, Jean-Claude Guillebaud, exprimant le sentiment général d'une bonne partie des 400 salariés, s'est déclaré écoeuré par la découverte des nombreuses opérations d'enrichissement personnel de son ex-patron depuis 1989, date à laquelle il avait succédé à Michel Chodkiewicz à la tête du Seuil : spéculations lors de cette fusion avec la Martinière mais aussi stock-options, indemnités de cession, portage d'actions, etc, l'accusant d'avoir dilapidé l'héritage moral de Paul Flamand et Jean Bardet, les deux fondateurs de la maison en 1935. Monsieur Cherki a annoncé qu'il le poursuivait en diffamation pour ces propos. Hervé de La Martinière, président du Groupe La Martinière-Le Seuil a annoncé la nomination de Pascal Flamand comme nouveau PDG du Seuil.