Philippe Dagen

L'Art français au XXe siècle, de 1905 à 1995 que publie Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art et écrivain, est le cinquième tome de l'oeuvre monumentale entreprise par André Chastel, aujourd'hui disparu. En s'attaquant au XXe siècle, l'auteur a réussi à se départir du rôle de critique qui lui est familier pour mener la synthèse non pas de l'art, mais des arts, tant la notion a évolué. "Que faut-il entendre par art? s'interroge-t-il. " Matisse ou Godard, Braque ou Brassaï, Duchamp ou Laurens ? Faut-il y inclure les naïfs, les fous, les statues nègres et les poupées hopi ?" "L'histoire de l'art, écrit-il en introduction, quand elle écrit le mot au singulier, le prend pour l'abréviation de beaux-arts, au sens que la tradition académique assigne à la formule. Or il faut l'écrire au pluriel, car il est prudent de ne pas prétendre savoir ce qui est "de" l'art au XXe siècle ce qui n'en n'est pas, ou plus, ou pas encore".

La première des deux parties de l'ouvrage explore dans quelles proportions le XXe siècle a bouleversé la notion d'art: l'unicité de l'oeuvre, son statut et son identité "nationale", son autonomie aussi face à l'obsession de notre siècle d'assumer ou non l'histoire.

La seconde partie constitue le récit historique à proprement parler. Elle se présente en quatre sections:l'irruption des modernités techniques et intellectuelles (de1905 à 1919) avec l'aventure du cubisme, les premières expérimentations abstraites dites "orphiques" et les premières négations (Marcel Duchamp, Francis Picabia). De 1919 à 1945 s'ouvre le large face-à-face entre les esthétiques de la révolution (dadaïsme, surréalisme, abstraction) et de la tradition (Matisse, Bonnard, Derain, Balthus...). L'âge du Modernisme ensuite, de 1945 aux années 1970, qui voit se multiplier les abstractions de type lyrique, informel et géométrique, le style "Pompidou" auquel s'opposent la Nouvelle Vague, les Nouveaux Réalistes. Après les années 70, la radicalisation, incarnée notamment par le mouvement Support/Surface évolue vers un modernisme institué et quasi officiel, tout comme l'architecture monumentale et les formalismes minimalistes picturaux et sculpturaux. Pour brosser un tel panorama, "seule une méthode vaut, écrit Philippe Dagen, celle du doute. Pas plus que l'on ne sait d'où vient "l'art", on ne sait ce qu'il est, ce que c'est que "l'art en soi", ni ce qu'il devrait être. C'est, au siècle de Duchamp, la moindre des prudences". Le texte s'accompagne d'une belle mise en page et de 400 illustrations, sur les 432 pages que compte l'ouvrage.