René Girard

Avec 28 suffrages sur 32 votants, René Girard a été brillamment élu sous la coupole jeudi 17 mars, succédant au père dominicain Ambroise-Marie Carré décédé début 2004. L'auteur de Celui par qui le scandale arrive aura dorénavant pour illustre tâche, à l'instar de la quarantaine d'autres immortels composant cette institution, de composer le dictionnaire officiel de la langue française.

Né à Avignon en 1923, ancien élève de l'Ecole des Chartes, René Girard a fait l'essentiel de sa carrière aux Etats-Unis. D'abord comme archiviste-paléographe vers 1947-48 puis comme professeur dans plusieurs universités, à New York et à Stanford (Californie) notamment où il dirigea le département de langue, littérature et civilisation française. Son itinéraire intellectuel, imprégné de foi chrétienne, part de la critique littéraire pour aboutir à l'anthropologie. Un de ses principaux apports dans le champ des sciences humaines est sa théorie du "désir triangulaire" ou "désir mimétique" dont on n'échappe que grâce à l'apparition d'un "bouc émissaire", qui remet en question les interprétations psychanalytiques freudiennes sur l'oedipe. Interrogeant les grands textes de l'humanité et en particulier la Bible lue comme un texte anthropologique, René Girard n'a cessé de déployer sa pensée autour des questions de l'Origine, de la Vérité et de la Violence de l'histoire et du monde. Catholique conservateur, il n'avait pas hésité à défendre en 2004 le film controversé de Mel Gibson, La Passion, consacré aux derniers jours du Christ.

Parmi les ouvrages majeurs de René Girard, citons Mensonge romantique et Vérité romanesque (1961), La Violence et le Sacré (1972), Critique dans un souterrain (1976), Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), Shakespeare, les feux de l'envie (prix Médicis Essai, 1990), Je vois Satan tomber comme l'éclair (1999) ou Celui par qui le scandale arrive (2001).