David Mc Neil

David Mc Neil est un drôle de personnage, un écrivain singulier, un parolier fantaisiste; une sorte de baroudeur-poète, un homme qui aurait fait son miel de Cendrars et de Giraudoux pour, par la grâce d'un regard, transmuer le réel en une féérie continue. Auteur-compositeur chanté par Montand, Souchon ou Julien Clerc, chanteur à ses heures, il est aussi l' auteur du très gracieux Lettres à Mademoiselle Blumenfeld: Pour mieux "cerner" David Mc Neil, on dira de lui qu'il est un délicat: ce qui n'est pas, on l'aura compris, une injure... En 1994, il a inauguré, avec l'épatant Tous les bars de Zanzibar une nouvelle manière: sorte de road novel écrit en alexandrins, avec tout le swing - et le blues, parfois - qui s'ensuit. Déjà dans Tous les bars..., le baroudeur s'était improvisé restaurateur, ce qui avait été l'occasion d'un développement cocasse: "J'avais mis au menu un plat n'existant pas appelé "steak Godot", un jour un type le veut, on le lui déconseille, mais il insiste tant qu'on lui prend sa commande, on amène les entrées, on sert leurs plats aux autres, le client s'impatiente, on envoie Pamoyson afin qu'il lui explique que le vrai steack Godot ça peut prendre du temps, quand ils sont au dessert et qu'il n'a toujours rien, il commence à crier, le chef sort de cuisine brandissant un hachoir, disant: "Monsieur, un steack, c'est fait en deux minutes, mais pas un steack Godot, ça monsieur, ça s'attend", l'homme comprend un peu tard et s'en va en cassant une chaise en passant, j'ai un sens de l'humour qu'on perçoit souvent mal". Que Mc Neil se rassure, son humour, sa façon — unique --, on perçoit très bien... , et on apprécie beaucoup. Dans Si je ne suis pas revenu dans trente ans prévenez mon ambassade (12 pieds, un hémistiche, avec diérése à "su-is" et rime pauvre en "e" à "ambassade"...), le narrateur-baroudeur-scénariste-vacant à Venise se trouve embarqué dans une rocambolesque histoire, celle d'un type qui s'ennuie, auquel un autre type propose de partir à la recherche d'un troisième type et d'en conter l'histoire: celle de Samuel Cody qui inventa l'avion et auquel on ne pardonna pas de s'être fait passer un temps pour Buffalo Bill. De Venise à Venise, en passant par Houston au Texas, Brooklin ou Londres, c'est l'occasion pour Mc Neil de lâcher la bride à sa fantaisie et à son humour, et de nous faire entendre sa petite musique, qui n'est pas celle de Céline mais qui sait nous prendre pour ne plus nous lâcher: Mc Neil, si dans trois ans vous n'êtes pas revenu, ce n'est pas votre ambassade que l'on préviendra, c'est votre éditeur que l'on séquestrera: à bon entendeur... Un dernièr mot: avec ce nouveau roman — qu'on lise, au hasard, le passage hilarant concernant les fumeurs en avion, p.39-40 — on a un peu l'impression que Mc Neil est là pour nous rappeler que, parfois, un chanteur qui écrit des romans, cela s'appelle un poète.