Renaud Ego

"Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver, par les détours de l'art, les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert". Cette pensée d'Albert Camus figurant sur la quatrième de couverture du Désastre d'Eden peut illustrer l'art et la manière de Renaud Ego. Comme tous les praticiens de la poésie — j'entends, ceux qui sont sensibles et attentifs aux faits menus et remarquables de leur existence, autant qu'aux embardées de la condition humaine — Renaud Ego montre ici qu'il est homme généreux, lucide et vigilant en ces domaines. Certes, cela ne saute pas aux yeux comme à la lecture des nouvelles dans le journal: sa manière de dire fait montre d'un certain ascétisme langagier; chaque vers de chacun de ses poèmes constitue une métaphore dont l'originalité a l'angle sûr et le poids certain du silex. L'idée qui visite l'esprit est celle d'un objet, par exemple, une pierre écrite: le vers en en a la densité et pour ainsi dire l'équarri. L'intelligente distribution des signes typographiques sur le blanc de la page renforce cette impression. Deux vers de Luminaire:

"Pas un arbre sauf nu

Une terre mais close"