Jean Rolin
Jean Rolin

Il ne s'agit pas d'un roman, mais de souvenirs. Genre livre d'ex. Sous-genre soixante-huitard. Embranchement des maos sponts. Mais un livre se vend mieux s'il porte l'étiquette roman que récit, chronique, mémoires. Non pas que Jean Rolin ne se soit, comme tout un chacun, raconté beaucoup d'histoires, mais il ne s'agit pas d'invention délibérée. Il nous rapporte les faits tels qu'il les a vécus. Ses quatre cents coups au sein, et autour de la Gauche Prolétarienne, le plus tapageur commando d'après-mai. L'intérêt par rapport à Génération, le pavé d'Hervé Hamon et Patrick Rothman, c'est que l'on passe du point de vue aérien, au point de vue individuel. Des figures du Gotha gauchiste (l'U.E.C., Normale Sup.,...), aux tribulations cocasses et amères de la piétaille en province. Encore que l'on comprenne mal les raisons de cette obscurité. Si l'on suit bien son récit, Jean Rolin faisait partie des élus dès la première année, il aurait dû en devenir l'un des plus anciens dans les grades les plus élevés, comme son frère Olivier, Maréchal de l'Organisation (l'Angkar.. C'est à dessein, je suppose, que Jean Rolin a repris le nom "Khmer rouge"). Bref, cela fait partie des choses qui ne sont pas expliquées, pas plus que les rapports entre les frères Rolin, qu'au seul vu de leurs écrits respectifs on subodore compliqués. Pas plus que les raisons qui poussent l'ardent militant à picoler et à se camer. Hédonisme ou désespoir? Amour ou politique? Ne sait pas ou ça ne vous regarde pas? Ou tout ça? Cette opacité est sensible jusque dans l'absence de structure du livre, qui ne forme pas un tout régi par des relations nécessaires entre ses parties, mais une suite discontinue d'épisodes suivant grosso modo, le fil chronologique. Pourquoi pas si l'on aboutit à une anthologie. La première partie qui va jusqu'en 1975, et forme les 4/5ème du livre est proprement rédigée, dans le style journaliste plaisant. On apprend, on se rappelle, la petite histoire de ces années là. La seconde partie (Vingt ans après bien sûr), est plus intrigante dans ses personnages et situations (entre la Bosnie et un curieux couvent du Berry). Lecture facile, facultative, comme un article de magazine ou une émission de télé.