Antonio Lobo Antunes

Le Portugais Antonio Lobo Antunes réussit avec son dernier livre La splendeur du Portugal, le plus anti-portugais de toute son oeuvre, un chant lyrique et tragique autour de la guerre du Portugal en Angola, un thème qui obsède l'écrivain. A travers les monologues d'une mère et de ses enfants, issus d'une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman décrit un processus d'avilissement d'êtres qui ont connu les fastes d'une société féodale de planteurs, explique l'auteur. Les personnages, minés par la folie, restent écartelés entre leur attachement à l'Afrique de leur enfance et la honte d'admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar, ajoute-t-il.

Né à Lisbonne en 1942, fils de médecin, Antonio Lobo Antunes est lui-même médecin-psychiatre. Grâce à son métier, il va apprendre à observer l'humanité, à partager ses souffrances. Les deux années passées en Angola, de 1971 à 1973, ont nourri toute son oeuvre. Douze titres sont parus en français, dont dix chez Christian Bourgois.

Pour lui, ce n'est pas plus son expérience de chirurgien des armées en Angola pendant la guerre coloniale que ses débuts de médecin dans l'hôpital où exerçait son père qui l'ont conduit à écrire. De manière générale, "c'est la mort injuste" qui est insoutenable, dit-il. Il rappelle qu'il a commencé à écrire très jeune, surtout des poèmes, qu'adolescent, il admirait l'écrivain (et médecin) Louis-Ferdinand Céline, et qu'au début de sa carrière, il a cherché à l'imiter. Volontiers disert, Lobo Antunes, la silhouette massive, les cheveux argentés, cite, parmi ses autres références littéraires, Léon Tolstoï, "un maître pour l'efficacité narrative", ou Jean Giraudoux "pour l'élégance de son écriture". L'écrivain qui considère que la langue française "a le sens de la formule implacable", éclate de rire lorsqu'on l'interroge sur "l'angoisse de l'écriture". "Je n'écrirais pas si je ne ressentais pas de l'angoisse", dit-il, insistant aussi sur le plaisir que lui procure l'écriture. L'angoisse de l'écrivain vient plutôt lorsque le livre est terminé. Soit parce qu'il n'en est pas satisfait, soit parce que le livre fini ne l'intéresse plus et qu'il lui faut alors très rapidement s'atteler à un nouveau récit. Antonio Lobo Antunes accorde beaucoup d'importance à la construction de ses romans, intimement liée, dit-il, à la musique. Il assure que certains de ses livres sont composés à l'instar de la 3ème symphonie de Beethoven ou de la 5ème de Mahler.