Ernest Pépin
Ernest Pépin

Quelle tâche ingrate que de rendre compte d'un livre relevant de l'obédience créolitaire. Monsieur Ernest Pépin malgré son modeste savoir-faire n'infirme pas notre constat de déplaisir. Sa dernière production, Tambour-Babel, est un étonnant patchwork aussi bien narratif que sémantique. Elle ne fait pas mentir sa spécificité: l'exotisme dans tous ses états. Que n'aurait-on pas dit et vitupéré aux Antilles si un pareil ouvrage était sorti de l'atelier d'un étranger ou d'un beké.

Ernest Pépin s'est donné pour tâche de faire l'éloge du tambour N'goka, (dit Ka ou gros Ka) découvert par les "citadins" guadeloupéens, singulièrement les écrivains-patriotes assermentés, toutes classes sociales confondues. A partir de la fable s'intercale, faufilé à larges points, toutes les situations qu'a pu connaître la Guadeloupe depuis trente ans, l'essor du tambour étant considéré comme le point d'ancrage spirituel de ce pays. Personne n'est oublié dans le panorama, comme si l'auteur voulait donner des gages aux lecteurs de sa mouvance spirituelle: les indépendantistes semi-actifs et retraités, les fan des sociétés de tambour, les métropolitains (comme il se dit) ayant le mal du pays, etc. Cela pourrait se comprendre, s'il s'agissait d'un discours politique qui ne veut pas dire son nom, mais dans ce qui est donné pour un roman, cette démesure appelle des réserves, qui sont à observer dans tous les domaines de ce babélique tambouriné. Les maladresses de style sont légion, qu'il s'agisse du français standard ou de celui matiné de locutions et mots authentiques du créole parlé. Dans certains cas, l'on n'est pas loin d'une néo-langue: le franco-charabia. Quelques exemples, non limitatifs: "... Je le sentais descendre comme la chandelle d'un cierge"; "J'avais suffoqué sans souffle sous la puissance de son aura"; "Leurs cuisses soulevaient des réchauffures de soupirs émoustillés". Les néologismes mal-venus ne sont pas en reste. Circonstance aggravante pour un héraut de la créolité, tous découlent à peu près du vocabulaire français. On peut se demander quel profit tire la langue créole de ces contorsions franco-sémantiques: dérisionner, conteries, incester, plexiglasser, Che guevariser, etc...

On y relève également l'attaque inconsidérée et injuste, même si le pseudonyme de la victime est masqué. Ernest Pépin dit d'elle qu'elle "s'était spécialisée dans l'exploitation du folklore". Ce même énoncé pourrait être crédité à la charge de l'auteur. Et madame Madeline, pour son temps et à sa manière, n'a pas démérité des Antilles dans la promotion qu'elle faisait des îles.