Ibrahim Rugova

Au sein de la République de Serbie, le Kosovo a la particularité d'être peuplé à 90 % d'Albanais qui tentent de résister à la tentative de "slavisation" menée par Slobodan Milosevic sur le territoire de l'ex-Yougoslavie.

"Depuis treize ans, l'étau se resserre au Kosovo", écrivent Marie-Françoise Allain et Xavier Galmiche. En 1981, les manifestations réclamant la reconnaissance de cette "province autonome de Serbie" au rang de septième république de la Fédération yougoslave sont farouchement réprimées, et en 1989 la région perd toute autonomie.

Ibrahim Rugova, leader de la Ligue démocratique du Kosovo et élu Président de la République (clandestine) du pays, construit une société parallèle à la société officielle sur un principe clair: mettre en place des institutions démocratiques qui fonctionnent. Cet ancien élève de Roland Barthes, critique littéraire, prône la résistance non armée. Jusqu'à quand? Car le drame du Kosovo repose sur un paradoxe: le pays est oublié parce qu'il n'est pas en guerre, guerre qu'évidemment il ne souhaite pas.

Dans sa préface émouvante et précise, Ismaïl Kadaré réécrit l'histoire de ce pays oublié, on regrettera cependant qu'il avance un argument fallacieux: le droit du premier occupant, qui pour tout lecteur français prête à sourire: comment ne pas se souvenir de la fable du bon La Fontaine ? On saura gré à Ibrahim Rugova, qui évoque dans La Question du Kosovo la notion de "nationalisme démocratique", de ne jamais se situer sur ce terrain miné et de s'en tenir à la défense des droits d'une minorité qu'on essaie de juguler.