Bernard Clavel
Bernard Clavel

Rien à voir avec la Marne et les bals musette. La Guinguette, nouveau roman de Bernard Clavel, décrit d'une plume noire un Rhône rebelle, une femme forte, sorte de Mère Courage, révoltée par la mort de son fils tabassé dans un commissariat lyonnais. La Guinguette, 77ème ouvrage de l'auteur, se situe dans l'après-guerre, avec un bistrot des bords du Rhône et une héroïne dite "la Guinguette", du nom de son établissement. Son fils, raconte la mère, "avait le fleuve dans le sang. Né le cul dans l'eau". Un soir, un peu saoul, il est ramassé par un agent de police à Lyon qui le passe à tabac et le tue. Elle va faire justice, "puisque la justice ne veut rien faire". Tendresse et sympathie pour ces êtres émanent de ce livre. Pour René Clair, l'oeuvre de Clavel évoque le Réalisme poétique. Le quotidien des mariniers du Rhône est décrit avec minutie, avec leurs gestes, leurs "pirates" (braconniers), leur parler imagé: le gone (l'enfant), les "grossiums" de la soierie, la traille, la décize (la descente du fleuve). Le Rhône est présent presque physiquement, avec ses paysages changeants, ses crues qui rythment la vie, les meubles qu'on met à l'abri, les sauveteurs qui interviennent. Pour la veillée funèbre du gone, la crue est là. "Et que le Rhône vienne ici, c'est un honneur qu'il lui rend", dit un voisin. La fraternité est présente également chez ces gens du fleuve, dont témoigne la scène de l'enterrement auquel assiste toute la vallée.

Bernard Clavel, éternel errant, a vécu il y a longtemps au bord du Rhône. Il se dit toujours habité par ce fleuve, déjà héros du Seigneur du fleuve et de Pirates du Rhône. "Je reviens au Rhône dont j'avais besoin, explique-t-il. Il y a des personnages — et le Rhône pour moi est un personnage — qui vous marquent tellement profondément qu'on a besoin d'y revenir dans sa vie, et puis ce Rhône en crue, tout cela m'habitait, j'avais envie de le mettre en colère. (...). Ayant quitté l'école à 14 ans, je m'étais figuré que c'était plus facile d'être peintre qu'écrivain. Je faisais de la peinture. Vivant au bord du Rhône, je peignais le Rhône, j'en étais amoureux fou. Mais il y avait une chose que je n'arrivais pas à faire avec ma peinture, le raconter dans sa continuité, remonter son histoire, les bateliers. (...). Lorsque j'ai commencé à écrire, Hervé Bazin m'a dit: c'est un personnage pour toi, mais pas aujourd'hui. Il faut que tu apprennes ton métier avant". Un fait divers l'a également inspiré pour ce roman, dit-il. "Un meurtre dans un commissariat de police de Chambéry. Puis, l'étincelle. Je me suis trouvé par hasard dans un commissariat. J'ai compris qu'on pouvait être pris dans un piège par un brigadier imbécile qui se venge sur le premier type".

Bernard Clavel, troisième écrivain préféré des Français, selon un récent sondage, ignore combien il a vendu de livres: "Pour Malataverne, je crois, 2,5 millions d'exemplaires. Et en collection de poche plus de 10 millions pour tous les titres".

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Bernard Clavel, La Guinguette (Éditions Albin Michel)