Rafic Hariri
Rafic Hariri

Un architecte libanais de renom, Henri Eddé, dresse un véritable réquisitoire contre la politique du Premier ministre Rafic Hariri coupable selon lui d'avoir transformé Beyrouth en ville sans âme ayant pour modèle l'Arabie et Monaco. "Jamais auparavant autant de pouvoirs n'avaient été concentrés entre les mains d'un seul homme", affirme dans une attaque en règle contre Rafic Hariri cet ancien ministre, et ancien président de l'Ordre des ingénieurs et architectes. Urbaniste, et ancien président du Comité de l'habitat et de la planification des Nations Unies, l'auteur y dénonce pêle--mêle la nouvelle corruption, l'OPA sur le Liban à coup de spéculations et la tutelle de la Syrie. "Le Liban, qui n'est plus aujourd'hui que l'ombre de ce qu'il a été, se trouve dans l'incapacité de se libérer par ses propres forces de l'occupation israélienne comme de se dégager de la tutelle syrienne", écrit-il.

Henri Eddé avait établi les études préliminaires de reconstruction du centre-ville de Beyrouth — qui avait été dévasté par la guerre — avant de renoncer à sa mission en raison de la "main-basse" exercé sur ce projet de la part de la société foncière Solidère qui a modifié le projet initial. De fait, le chapitre du livre consacré à la reconstruction du centre-ville de Beyrouth est sans doute le plus instructif, l'auteur y ayant été directement impliqué. Ce qui l'amène d'ailleurs à s'interroger sur sa "propre responsabilité dans sa mise en oeuvre initiale". Mais ceci ne l'empêche pas de critiquer vivement la politique menée par Solidère, coupable à ses yeux d'avoir détourné "la vocation et les fonctions premières du centre-ville", lieu de coexistence intégrant le passé et ouvert sur l'avenir. "Solidère dont le principal actionnaire et maître absolu n'était autre que le Premier ministre en personne, allait prendre possession du centre-ville, et s'imposer comme un véritable Etat dans l'Etat", observe-t-il. L'auteur ne cache pas les sentiments de sympathie et d'amitié qu'il avait pour Rafic Hariri, dont il reconnaît le dynamisme, son expérience des grands travaux et l'étendue de ses relations étrangères. "Mais la vision erronée qu'il se fait des problèmes libanais essentiels, la mégalomanie distinguant ses projets, l'usage qu'il fait de son pouvoir financier, sont devenus, avec le temps, évidents pour tous", estime-t-il. Au passage, Henri Eddé — qui enseigna dans le passé à l'Ecole française d'ingénieurs de Beyrouth — ne manque pas d'égratigner la France et les relations privilégiées du président Jacques Chirac avec M. Hariri, insuffisantes selon lui pour marquer l'attachement de la France "à la survie" du pays du Cèdre et au rétablissement de "sa pleine souveraineté".

Sur un autre registre et alors que la diplomatie française tente de s'activer de nouveau en direction du Liban, l'auteur écrit que "les manfestations aussi pacifiques fussent-elles sont quant à elles toujours interdites comme elles le sont dans les pays totalitaires". Une affirmation sans doute excessive au lendemain des premières manifestations estudiantines importantes, toutes tendances confondues, qui viennent de se dérouler depuis la fin de la guerre, pour la sauvegarde des libertés publiques.