Martin Walser
Martin Walser

Martin Walser est né le 24 avril 1927 à Wasserbourg (Allemagne), dans une famille d'aubergistes. Vers la fin de la guerre, jeune lycéen, il aurait été enrôlé dans le parti nazi pour participer à la défense aérienne. Selon des archives publiées par le journal Bild am Sonntag, le futur écrivain aurait adhéré au NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti National-Socialiste Allemand des Travailleurs) le 20 avril 1944 (date anniversaire de la naissance d'Adolf Hitler), ce qu'il dément, affirmant n'avoir jamais rempli le formulaire d'adhésion et ne pas savoir qu'il avait été inscrit.

Après la guerre, Martin Walser passe le baccalauréat, suit des études de littérature et de philosophie à Ratisbonne et Tübingen et soutient en 1950 une thèse de doctorat consacrée à Franz Kafka. Il collabore ensuite pendant quelques années à diverses émissions d'information de la radio Süddeutscher Rundfunk (SDR) pour laquelle il écrit également des pièces radiophoniques. Il épouse Katharina Neuner-Jehle, avec qui il aura quatre filles.

En 1953, il commence à fréquenter la jeune génération d'écrivains allemands rassemblée au sein du Groupe 47. Il publie en 1955 un premier recueil de nouvelles intitulé Un avion sur la maison et autres histoires, où il exprime déjà ce qui constituera le thème central de son oeuvre future: la vacuité de l'existence, la monotonie de la vie quotidienne et les conflits intérieurs de la petite bourgeoisie ouest-allemande d'après-guerre. Son premier roman, Quadrille à Philippsburg, sort en 1957 et connaît un succès fulgurant. Martin Walser s'installe avec sa famille sur les bords du Lac de Constance et se consacre dès lors entièrement à la littérature.

En 1960, il inaugure avec Mi-temps une vaste trilogie romanesque — poursuivie en 1966 avec La Licorne et en 1973 avec La Chute — toute entière focalisée sur un personnage de anti-héros dont l'être intérieur vit en total décalage avec l'être social. Chênes et lapins angora, chronique allemande (1962) et Le Cygne noir (1964) décrivent la débâcle psychologique et morale de l'Allemagne des années '50 / '60. Je ne sens pas bon (1972) suit l'évolution idéologique et politique de Martin Walser, alors sympathisant du Parti communiste allemand (DKP) et soutien de Willy Brandt (chancelier de l'Allemagne de l'Ouest de 1969 à 1974 et chef du Parti Social-Démocrate de 1964 à 1987). La plupart des ses livres suivants — Au-delà de l'amour (1976), Un cheval qui fuit (1978), Travail d'âme (1979), La maison des cygnes (1980),... — continuent de porter un regard critique sur la société allemande tout en décrivant les stratégies de survie d'anti-héros qui sont tous, selon Martin Walser, "spécialistes en sentiment d'infériorité". Dorn ou le Musée de l'enfance, publié en 1991, est une métaphore de la division de l'Allemagne. Dans Une source vive (1998), il évoque son enfance en marge des années noires du nazisme.

Ses prises de position l'éloignent progressivement de ses anciens amis intellectuels de gauche mais la rupture est véritablement consommée lorsque, lors de la remise du Prix de la paix 1998 décerné par les libraires allemands pour l'ensemble de son oeuvre, il prononce un discours dans lequel il s'élève contre "l'instrumentalisation de l'Holocauste" et déclare que le temps est venu de "tourner la page d'Auschwitz". "Auschwitz ne peut pas devenir une routine de pure menace, un moyen d'intimidation que l'on peut sans cesse brandir au nom de la morale ou seulement un exercice imposé de devoir", déclare-t-il. Une violente polémique sur la Shoah et la culpabilité allemande surgit alors et se poursuit en 2002 avec la parution de son livre Mort d'un critique, où il attaque directement Marcel Reich-Ranicki, juif rescapé du ghetto de Varsovie devenu le plus médiatique et le plus puissant "critique littéraire" d'Allemagne. Martin Walser, dès lors accusé d'antisémitisme et de négationnisme par le Consistoire juif et toute une partie de l'intelligentsia allemande, se défend en déclarant que si tout est désormais interprété à l'aune de l'Holocauste, la littérature et l'écriture ne sont plus "qu'un slalom au milieu du politiquement correct".

Le dernier ouvrage publié de Martin Walser, intitulé Vivre et écrire (2005), est une édition du journal qu'il a tenu entre 1951 et 1962.