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La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

Le Medad

Le Medad

Alors que l'ancien vice-président américain Al Gore vient de lancer un nouvel appel à l'opinion publique et aux gouvernements du monde entier pour réduire de 90% d'ici 2050 les émissions de CO2, Jean-Louis Borloo a présenté vendredi 29 juin l'organisation et les orientations du super-ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durables (MEDAD) dont il a la charge avec titre de ministre d'Etat dans le gouvernement Fillon 2. Celui qui veut être "le ministre du passage à l'acte" et entend faire de la France un pays "à la pointe du combat environnemental" a affirmé vouloir appliquer à son ministère de l'Écologie les mêmes méthodes "par objectifs" qu'à celui de l'Emploi et de la Cohésion sociale qu'il dirigeait auparavant, c'est-à-dire fixer des "objectifs et sous-objectifs quantifiés et évaluables".

Il a abordé plusieurs questions d'actualité, telles que l'ouverture des marchés de l'énergie à partir du 1er juillet, pour laquelle il a indiqué que le rôle des services de l'Etat sera notamment de "protéger et d'informer" les consommateurs et a promis que "l'ouverture à la concurrence ne se traduira pas par une réduction du champ des missions de service public". Concernant les concessions hydrauliques EDF, dont une partie arrive à terme, il assuré qu'il y aurait un nouveau cahier des charges prenant en compte les questions liées à l'écosystème. Sur la décision de la Commission européenne de saisir la Cour européenne de justice pour la pollution des eaux par les nitrates en Bretagne, il a renvoyé le problème au ministre de l'Agriculture Michel Barnier. Pour ce qui est des économies d'énergie, il va commencer par procéder à un "audit carbone" de tous les équipements et bâtiments publics afin de montrer que l'Etat sera lui-même "exemplaire" dans ce domaine. Il a par ailleurs annoncé la création, attendue depuis près de dix ans, du premier parc naturel marin français, situé en mer d'Iroise. Interrogé sur le budget dont il disposait, Jean-Louis Borloo est resté flou mais assure qu'il est "très détendu sur l'aspect budgétaire".

Son super-ministère à vocation transversale coiffe un vaste domaine de compétences découpé en quatre grands pôles: l'Écologie et le Développement durable, l'Habitat et les Transports, les Politiques énergétiques et l'Aménagement du territoire. Concrètement, outre les attributions habituellement confiées à l'ancien ministère de l'écologie (protection des ressources naturelles, diversité biologique, etc), le MEDAD surveillera ou gèrera un certain nombre d'établissements publics et de services de l'Etat tels que, par exemple et entre autres, la Direction Générale de l'Energie et des Matières Premières (DGEMP) ou la Direction Générale de l'Habitat et de la Construction (DGUHC). Sa mission sera d'évaluer et d'orienter au regard du développement durable les politiques publiques menées par ces administrations. Il pourra ainsi théoriquement intervenir dans les décisions, notamment en matière d'équipement et de transports, d'urbanisme et de construction, d'aménagement foncier et de développement du territoire ou encore d'énergie et de matières premières. La Mer fait également partie du domaine de compétences du MEDAD mais, au grand dam des organisations écologistes, ni la Pêche ni l'Agriculture -- ce dernier secteur étant dans sa forme actuelle à production intensive un pollueur très dangereux -- ne sont placées sous son contrôle.

Deux secrétaires d'Etat, Nathalie Kosciuzko-Morizet à l'Écologie et Dominique Bussereau aux Transports, ont été nommés pour épauler Jean-Louis Borloo. Tous travaillent actuellement sur le fameux "Grenelle de l'environnement", promis par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, qui doit réunir vers la mi-octobre le MEDAD et les principales associations de protection de la nature et de l'environnement. Après une première rencontre des ONG avec Alain Juppé le mois dernier, un tour de table préparatoire doit se tenir avec le président Nicolas Sarkozy le 13 juillet prochain et une synthèse des travaux susceptible d'alimenter les négociations doit être présentée le 10 septembre. Ces "Etats généraux" de l'écologie ont pour objectif de faire le point sur l'ensemble des dossiers les plus urgents et éventuellement de s'entendre entre "partenaires" gouvernementaux et environnementaux sur la future politique écologiste de la France. Fortement mobilisées mais, dans l'attente, toujours vigilantes et un peu sceptiques sur l'efficacité réelle du super-ministère de Jean-Louis Borloo, les associations se préparent à mettre sur la table de négociation leurs listes de propositions et de revendications: moratoire sur les OGM, arrêt de la construction d'autoroutes et de centrales nucléaires EPR, engagements chiffrés pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, objectifs en matière de développement des énergies renouvelables, d'agriculture biologique, de fiscalité environnementale, etc.

A l'instar de la Fédération France Nature Environnement (FNE), la plupart des ONG (Greenpeace, Amis de la Terre, WWF, Ligue Roc, Fondation Nicolas Hulot, Ligue de protection des oiseaux, Ecologie Sans Frontière, Good Planet,...), regroupées en partie au sein de l'Alliance pour la planète, attendent du MEDAD qu'il se donne les moyens de sa politique et dispose d'un budget à la hauteur de ses ambitions. Plutôt bienveillantes quant à l'arrivée de Nathalie Kosciusko-Morizet -- député UMP de l'Essonne et rapporteur de la Charte de l'environnement à l'Assemblée nationale -- au poste de secrétaire d'Etat à l'écologie, elles ne se font toutefois guère d'illusions sur la volonté, l'autorité et la capacité réelle de Jean-Louis Borloo à répondre aux urgences environnementales.

Jean-Louis Borloo, 56 ans, co-fondateur à la fin des années '80 de Génération Écologie, a été nommé à la tête du MEDAD le 19 juin dernier en remplacement d'Alain Juppé, démissionnaire après sa défaite aux législatives à Bordeaux. Il avait auparavant successivement occupé les postes de Ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement dans celui de Dominique de Villepin, puis Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi dans le premier gouvernement de François Fillon.