Jacques Vergès
Jacques Vergès

Sélectionné dans la catégorie Un certain regard du Festival de Cannes 2007, le portrait de l'énigmatique avocat Jacques Vergès par Barbet Schroeder sort en salles ce mercredi 06 juin. L'avocat de la terreur retrace de façon saisissante le parcours hors norme de ce personnage insaisissable mêlé depuis un demi-siècle aux affaires les plus glauques de terrorisme, de barbouzeries et de crimes en tous genres où la Politique a souvent pris le pas sur la Justice.

A travers les documents, images d'archives et entretiens réalisés avec Jacques Vergès et de nombreux protagonistes ou témoins qui ont croisé son chemin — révolutionnaires, espions, politiciens, dictateurs, criminels de guerre, terroristes et assassins — la passionnante enquête de Barbet Schroeder raconte, au-delà de la personnalité complexe de cet avocat sulfureux, la très sombre histoire du terrorisme contemporain. De l'Algérie à l'Irak en passant par le Liban, la Palestine, le Cambodge ou la Serbie, de la Stasi à Action Directe en passant par le SDECE, de Illich Ramirez Sanchez (alias Carlos) à Slobodan Milosevic en passant par Klaus Barbie, Anis Naccache ou encore Tarek Aziz, c'est un vaste panorama de la plupart des causes révolutionnaires, des sales guerres, des intérêts géopolitiques et des attentats terroristes qui ont ensanglanté le monde au cours des dernières décennies.

Barbet Schroeder, déjà auteur en 1974 d'un étonnant documentaire sur Idi Amin Dada, explore tout autant les zones d'ombre que les facettes miroitantes de ce "salaud lumineux" (titre d'un de ses livres), surnommé aussi "l'avocat du diable", justicier et conscience morale pour les uns, complice d'assassins et pervers malfaisant ou encore flamboyant agent des services secrets français pour d'autres, et remonte à travers ses réseaux et ses secrets comme dans un thriller pour mieux soulever de graves et troublantes questions de fond sur les idéologies, les luttes politiques, la Justice et la violence du monde.

Dans un entretien à la presse, Jacques Vergès estime pour sa part que L'avocat de la terreur est "un pur chef-d'oeuvre" mais qu'il "doit plus à Jacques Vergès qu'à Barbet Schroeder", ajoutant que le cinéaste réalisateur de More et du Mystère von Bulow porte certaines accusations sans aucune preuve et compile des témoignages parfois "totalement délirants". Il n'empêche que le film, ni réquisitoire ni plaidoyer, ne peut au final qu'ajouter au mystère qui l'entoure et servir ainsi comme tous les autres documents à la construction de sa légende.