Amnesty International
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Amnesty International a publié mercredi 23 mai son rapport 2007 sur la situation des Droits de l'Homme dans le monde. 390 pages très sévères qui dressent un bilan accablant de la situation dans de nombreux pays occidentaux qui se proclament pourtant champions de la démocratie, de la liberté et du respect des droits humains.

L'ONG dirigée par Irene Khan dénonce en premier lieu "la stratégie de la peur" organisée, au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme, par des Etats-Unis qui considèrent le monde comme un "champ de bataille géant". Une stratégie qui sape l'Etat de droit, augmente les inégalités, entretient le racisme et la xénophobie, divise les communautés, renforce les positions extrémistes, fait progresser l'islamophobie et l'antisémitisme, déstabilise des Etats, met en danger des populations et sème les germes de nouvelles violences et de futurs conflits. Egrenant les très nombreuses et très graves violations des droits humains commises par Washington — bavures de la guerre en Irak, utilisation de la torture et de traitements humiliants contre des prisonniers, détention de milliers de personnes dans des camps comme Guantanamo sans aucune forme de procès, transferts secrets de suspects par la CIA dans divers pays, etc. — l'organisation estime que "Comme du temps de la guerre froide, les décisions prises s'inscrivent dans un climat de peur suscité et entretenu par des dirigeants sans principes". Pour Amnesty International, l'administration Bush exerce en réalité "un pouvoir exécutif discrétionnaire sans limite", pratique un "double discours" et contrevient aux "principes les plus élémentaires du droit international", tout cela au nom d'une "guerre contre le terrorisme" qui ne parvient au final qu'à augmenter l'insécurité et à faire régresser les droits de l'homme.

Mais les Etas-Unis ne sont pas les seuls coupables. Plusieurs pays dits "civilisés", tels la Grande-Bretagne, l'Australie ou encore le Japon, sont également accusés de leur emboîter le pas en ne respectant pas les règles internationales et en adoptant des législations de plus en plus intolérantes et expéditives, notamment en matière d'immigration, de surveillance policière et de lutte anti-terroriste. L'association leur reproche aussi leur hypocrisie qui consiste à dénoncer certains régimes mais à refuser de protéger ceux qui les fuient en limitant par exemple le droit d'asile.

Sur ce sujet la France n'échappe pas à la critique d'Amnesty International qui la met en cause sur divers autres atteintes aux droits humains: multiplication des violences policières ou contre les femmes, attaques et discriminations à caractère raciste, antisémite ou islamophobe; loi Sarkozy sur l'immigration; conditions carcérales; expulsions brutales d'étrangers, complicité dans les vols secrets de la CIA, etc. L'organisation n'hésite pas non plus à reprocher au pays des Droits de l'Homme sa loi restreignant le port du voile par les musulmanes, "symbole visible d'oppression pour les uns mais attribut essentiel de la liberté religieuse pour les autres", écrit-elle, ajoutant qu'il est "déraisonnable de prétendre qu'un vêtement représente un obstacle majeur à l'harmonie sociale".

Concernant la Russie, Amnesty International épingle "une dérive autoritaire désastreuse pour les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme", évoquant en particulier l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, les exactions contre les minorités et la nouvelle loi sur les ONG. La Chine est accusée de répression furieuse contre ses dissidents, le Soudan du conflit meurtrier du Darfour ("une blessure ouverte qui ensanglante la conscience du monde"), Israël d'avoir impunément commis des crimes de guerre lors de son agression contre le Liban où 1.200 civils ont trouvé la mort sous ses bombes, de poursuivre l'expansion de ses colonies illégales et de violer régulièrement les droits les plus fondamentaux des Palestiniens. Un peu partout ailleurs dans "ce monde de plus en plus divisé et dangereux", de la Pologne à l'Iran en passant par le Zimbabwe, l'Egypte, la Colombie, le Sri Lanka, le Cambodge, Cuba, l'Arabie Saoudite, la Tunisie, la Tchétchénie ou la Turquie, les gouvernements en place sont accusés de mener sous couvert de sécurité des politiques dont les opposants, les étrangers, les minorités et les femmes sont généralement les premières victimes.

Amnesty International, qui revendique 2,2 millions de membres répartis dans plus de 150 pays, appelle les gouvernements du monde entier à rompre avec la désastreuse stratégie de la peur initiée par les Etats-Unis et à privilégier "la durabilité plutôt que la sécurité". Elle appelle aussi l'opinion publique à se mobiliser dans les mêmes proportions pour la défense des Droits de l'homme que pour la lutte contre le réchauffement de la planète. "Le pouvoir des peuples changera la face des droits de l'homme au XXIe siècle", écrit-elle.