Laurent Solly
Laurent Solly

Cela s'appelle la Berlusconisation. L'ancien directeur adjoint de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy rejoint à compter du 23 mai la holding du groupe de Martin Bouygues, lui-même grand ami personnel du président de la République et accessoirement dirigeant et principal actionnaire de Tf1, première chaîne audiovisuelle européenne. Après un petit mois d'intégration, c'est-à-dire vers fin juin, Laurent Solly prendra ses fonctions de directeur adjoint de Tf1 aux côtés de Nonce Paolini, actuel responsable de la filiale Bouygues Télécom officiellement nommé cette semaine Directeur Général de la chaîne à la place de Patrick Le Lay. Ce dernier est atteint par la limite d'âge (65 ans en juin) et doit quitter ses fonctions en même temps que son compère Etienne Mougeotte, vice-président directeur de l'antenne et des programmes.

Né le 27 mars 1970 à Villefranche-sur-Saône (Rhône), Laurent Solly est diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris et de l'Ecole Nationale d'Administration (promotion Victor Schoelcher 1994-96). Il a débuté une carrière classique de Sous-préfet et Secrétaire général de préfecture dans diverses villes de province, puis de chargé de mission à EDF, avant de rejoindre en 2004 à titre de conseiller technique le cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Repéré par Cécilia Sarkozy, il a été rapidement promu Chef de cabinet du ministre et Directeur de cabinet du président de l'UMP. Nommé Préfet hors cadre en 2006, il a quitté le ministère de l'Intérieur en mars 2007 pour co-diriger la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy au QG de la rue d'Enghien, où il s'est notamment chargé des sondages et de l'agenda du candidat. Il était pressenti pour diriger le cabinet du nouveau président de la République.

Le Parti Communiste Français voit dans l'installation de Laurent Solly à Tf1 le symbole d'une "présidence totalement décomplexée au fort relent berlusconien" qui "se fixe comme objectif, facilité par la concentration des groupes de communication, d'anesthésier l'opinion publique en contrôlant les grands moyens d'information". [...] "La toile du président de la République ne se tisse plus dans l'ombre, son réseau notamment au sein de grands moyens d'information se construit désormais au grand jour", accuse dans un communiqué Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

François Bayrou et Ségolène Royal ont eux aussi dénoncé à plusieurs reprises durant la campagne les liens étroits entre Nicolas Sarkozy et les puissants actionnaires des grands médias français tels que, entre autres, Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault ou encore Vincent Bolloré. Le manque de neutralité politique de la plupart des organes de presse écrite ou audiovisuelle leur appartenant, ainsi que les premières affaires dès l'arrivée au pouvoir du nouveau président de la République — article concernant Cécilia Sarkozy censuré dans le Journal du Dimanche à la demande d'Arnaud Lagardère, nominations de récompense pour Catherine Pégard (rédactrice en chef du Point), Myriam Lévy (journaliste du Figaro) et Georges-Marc Benamou (éditorialiste à La Provence) immédiatement nommés conseillers à l'Elysée ou à Matignon, rumeurs de certaines mises au placard dans l'audiovisuel public, pressions diverses sur plusieurs journalistes invités à pratiquer désormais une auto-censure bien comprise — s'ajoutant aux polémiques de ces derniers mois (renvoi d'Alain Genestar, rédacteur en chef de Paris Match après la publication d'une photo montrant Cecilia Sarkozy en compagnie de son amant Richard Attias), semblent en effet augurer d'une inquiétante accentuation de la collusion des pouvoirs sarkozyste et médiatique.

La berlusconisation ne serait toutefois pas ce qu'elle est si la France des actionnaires privés n'y trouvait pas aussi des intérêts financiers. L'action de Tf1 a gagné 5% à la Bourse de Paris dès l'annonce des nominations de Nonce Paolini et Laurent Solly. Par ailleurs la chaîne qui revendique la vente de temps de cerveau disponible des téléspectateurs à Coca-Cola a vu ses recettes publicitaires décoller de 6%, son chiffre d'affaires de 7% et ses bénéfices de 18,8% durant le trimestre de campagne électorale.