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Günter Grass

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Bibliographie / biographie. Qui est Günter Grass ?

Par Noël Blandin / La République des Lettres, lundi 23 avril 2007.

Günter Grass incarne toute une génération d'écrivains allemands de l'après-guerre, engagés politiquement pour une Allemagne plus humaine et progressiste. Né en 1927 à Dantzig, la ville du fameux "corridor" qui fut à l'origine de l'invasion de la Pologne par l'armée allemande en 1939, Günter Grass voit sa jeunesse marquée par la montée du nazisme et par la guerre, au cours de laquelle il est mobilisé avant d'être fait prisonnier par les forces anglo-saxonnes. Après la chute du régime hitlérien, il connaît l'Allemagne de l'année zéro, avec ses champs de ruines, puis le miracle de la reconstruction dans la République fédérale du chancelier Konrad Adenauer, profondément anti-communiste et matérialiste. Crève-la-faim dans les années d'après-guerre, il s'oriente d'abord vers la sculpture. Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, en 1959, qu'il se révèle dans l'écriture avec d'emblée un succès mondial pour Le Tambour - porté à l'écran par Volker Schloendorff en 1979. Le roman, qui raconte la vie d'une famille prussienne pendant le nazisme et l'écrasement du Reich, ouvre la voie d'une oeuvre profondément humaniste, critique envers les idéologies, très soucieuse de la conscience élémentaire du citoyen. Membre du Groupe 47, société amicale d'écrivains allemands fondée cette année-là à Munich, il fut comme beaucoup d'écrivains de cette époque le porte-parole d'une génération meurtrie et avilie par le nazisme et la guerre dont elle fut la victime. Egalement auteur de pièces de théâtre comme Encore dix minutes jusqu'à Buffalo (1958) et Les méchants cuisiniers (1961), il fait pénétrer ses lecteurs et ses spectateurs dans un univers cruel, absurde et inquiétant. Auteur réputé nihiliste s'exprimant dans une langue tour à tour savoureuse et grossière, il enthousiasme ou scandalise, selon les spécialistes littéraires. Pour l'Académie de Suède, Günter Grass est aussi "un puits d'énergie et un roc d'indignation" ainsi qu'"un prédécesseur admiré de sommités littéraires d'autres pays du monde comme le Colombien Gabriel Garcia Marquez, le Britannique Salman Rushdie ou le Japonais Kenzaburo Oe".
Après Le tambour, viennent Les années de chien (1963), qui racontent l'évolution de l'Allemagne entre 1920 et 1955, Anesthésie locale (1969), où un jeune révolutionnaire exalté se transforme en un timide réformiste, ou plus récemment Le turbot (1977) ou La ratte (1986) dans une veine de fable futuriste. Après la guerre, "mon naturel enjoué s'est doublé d'un scepticisme insurmontable", a expliqué l'auteur à l'hebomadaire Der Spiegel en 1969. "Il en est résulté une résistance, souvent même un goût de l'attaque, envers toute idéologie qui prétend fixer des mesures absolues", contre "tout objectif dépassant l'homme", a-t-il poursuivi. Dans l'Allemagne prospère des années 60, traversée par la contestation étudiante puis le terrorisme rouge, Günter Grass se veut lui aussi contestataire, mais dans un sens réformiste plus que révolutionnaire. L'écrivain Golo Mann, fils de Thomas Mann, le décrit alors comme "un intellectuel de gauche qui fait ce qu'ont omis ceux de la République de Weimar". "Il approuve l'Etat, même s'il est imparfait et inachevé, et veut l'améliorer mais sans rejeter en bloc ce qui a été fait jusque là". Au-delà même de son oeuvre littéraire, Günter Grass apparaît rapidement comme une figure dominante de la scène politique allemande, avec son engagement auprès du Parti social-démocrate (SPD) et de son président Willy Brandt. On le voit alors dans tous les meetings politiques du SPD avec son épaisse moustache gauloise. Il prend parti avec virulence dans plusieurs débats de société dominants, comme celui de l'avortement en 1974, ou encore du pacifisme au début des années 80 où il prône l'objection de conscience contre l'implantation des euromissiles en Allemagne. Se présentant volontiers comme "l'un des esprits les plus apatrides", Günter Grass se dresse en 1990 contre le tournant pris par la réunification. Désabusé par un SPD dont il est membre depuis 1982 mais dont les grandes options ne se distinguent plus guère de l'Union chrétienne-démocrate du chancelier Helmut Kohl, il annonce en 1992 son intention d'abandonner l'action politique. Mais toujours à l'écoute des problèmes de son temps, il ne tarde pas à prendre fait et cause contre la xénophobie montante et, en janvier 1993, il quitte bruyamment le SPD dont il récuse le soutien à une réduction du droit d'asile.
Son roman Toute une histoire, publié en août 1995 sur la réunification a provoqué un énorme scandale en Allemagne. Ce pavé était attendu comme le chef d'oeuvre de l'Allemagne unifiée, le "roman du siècle" qui permettrait à l'auteur de passer d'éternel nobélisable au couronnement. Dans cet ouvrage, il se livre à une critique acerbe de la réunification, présentée comme une annexion pure et simple de la RDA. Toute la presse s'était emparée du sujet et le pape de la critique littéraire outre-Rhin, Marcel Reich-Ranicki, avait fait sensation en couverture du Spiegel. Une photo le montre déchirant rageusement de ses deux mains l'ouvrage de Grass, avec en titre L'échec d'un grand écrivain. Günter Grass se voyait notamment reprocher un "manque d'esprit" et une apologie inacceptable de la RDA. Même la presse populaire s'était emparée du sujet. "Grass n'aime pas son pays", s'indignait la Bild Zeitung, bible quotidienne de quelque dix millions d'Allemands, en dénonçant une "insulte à la patrie" et un "style très creux". "Le nouveau roman de Günter Grass est plus un événement médiatique qu'une pierre angulaire de la littérature", commentait la Berliner Zeitung (centre-gauche), le quotidien le plus lu des Berlinois de l'Est qui lui reprochent d'être globalement très ennuyeux. Le romancier avait alors interdit au Spiegel de publier une interview de lui, et déclaré que Toute une Histoire était "la correction littéraire urgente, un contrepoint à ce qui apparaît maintenant comme l'histoire officielle". Lors des législatives de 1998, il se rendra en tournée en RDA pour soutenir une coalition social-démocrate/Verts.
Les ouvrages en français de Günter Grass ont été publiés aux éditions du Seuil et traduits, à une exception près, par Jean Amsler. Voici les principaux titres: Le chat et la souris, Les plébéiens répètent l'insurrection, Les années de chien, Anesthésie locale, Journal d'un escargot, Le tambour (publié en Allemagne en 1959 et en France en 1979), Une rencontre en Westphalie, Le turbot, Les enfants par la tête ou les Allemands se meurent, Essai de critique 1957-1985, La ratte, Tirer la langue, Propos d'un sans-patrie, L'appel du crapaud, Toute une histoire (traduit en 1997 par Claude Porcell et Bernard Lortholary), En crabe (2002). Par ailleurs, Olivier Mannoni a écrit une biographie intitulée Günter Grass, L'honneur d'un homme (éd. Bayard, 2000). Mon siècle, sorti en 1999, revisite le XXe siècle en cent textes brefs relatant chacun une année. "Cette série de croquis ne prétend pas constituer une grande fresque ni retracer même sommairement l'Histoire, pourtant constamment présente", selon l'éditeur. L'auteur choisit pour chaque année un évènement petit ou grand et un narrateur différent qui, sur le moment ou longtemps après, l'évoque avec sa voix propre et son langage. Quelquefois, le narrateur est Grass en personne évoquant un souvenir personnel. Le livre débute donc par 1900: "Moi, échangé contre moi-même, année après année, j'ai été là. Pas toujours en première ligne car, comme il y avait tout le temps la guerre, nous autres, on se retirait volontiers vers l'arrière...". Il s'achève par 1999 et Grass parle encore de la guerre: "...et je me réjouis aussi de voir l'an 2000. On verra ce qui arrive... Pourvu qu'il n'y ait pas de nouveau la guerre... D'abord là au sud, et puis partout...". Son autobiographie, intitulée En épluchant les oignons, publiée à Berlin au printemps 2007, doit paraître prochainement aux éditions du Seuil.

 

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