Azouz Begag
Azouz Begag

Azouz Begag, qui a quitté jeudi 5 avril son poste de ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, publie un livre sur son passage au gouvernement. Intitulé Un mouton dans la baignoire, l'ouvrage doit sortir le 11 avril chez Fayard mais les bonnes feuilles publiées dans l'hebdomadaire Marianne (numéro 520 du 7 avril) suscitent déjà la polémique.

Un mouton dans la baignoire fait référence à l'un des nombreux dérapages néo-racistes de Nicolas Sarkozy qui, lors de l'émission J'ai une question à vous poser sur TF1 le 5 février dernier, stigmatisait dans son style autoritaire habituel les musulmans qui "égorgent des moutons dans leur baignoire" lors la fête traditionnelle de l'Aïd-el-Kebir, une pratique qui n'existe plus en France depuis de nombreuses années, le sacrifice rituel étant désormais effectué dans des abattoirs.

Azouz Begag livre ses réflexions et relate son expérience au sein du gouvernement de son ami Dominique de Villepin qui ne lui a donné ni administration ni budget pour accomplir la mission à laquelle il a été appelé en juin 2005 et lui a ensuite retiré son soutien sous la pression des sarkozystes. Il règle surtout ses comptes avec l'ex-ministre de l'Intérieur qui ne l'a jamais contacté lors de ses déplacements en banlieue alors qu'il était "l'un des rares au gouvernement à être légitimé par 25 ans d'expérience et de travail sur les quartiers" et qui ne lui a plus adressé la parole depuis les émeutes de banlieue à l'automne 2005. Azouz Begag relate en détail comment, ayant osé dire publiquement qu'il était opposé à la "sémantique guerrière" d'un Nicolas Sarkozy utilisant des expressions telles que "la France, tu l'aime ou tu la quitte", "racaille" ou encore nettoyage des cités "au karcher", il a depuis subi les foudres et les coups bas des amis de son "ennemi de l'Intérieur" qui feront paraître des articles calomnieux dans la presse et réclameront sa tête au Premier ministre. À l'Assemblée nationale, Brice Hortefeux, l'un des sbires de Sarkozy, n'hésite pas un jour à lui lancer: "Dégage, tu n'as pas de place ici". Le candidat de la Droite décomplexée à la présidentielle a même piqué une grosse crise lorsque le "beur de Villepin" (c'est son surnom parmi les sarkozystes lorsque ce n'est pas "bicot de service") déclare lors d'un meeting à Marseille qu'il ne s'appelle pas "Azouz Sarkozy": "Tu es un connard! un déloyal, un salaud! je vais te casser la gueule! Tu te fous de mon nom... Tu te fous de mon physique aussi, je vais te casser la gueule! sale Connard!", et il lui conseille de ne plus jamais lui serrer la main à l'avenir. Méthodes d'intimidation et propos édifiants qui n'empêcheront toutefois pas l'auteur du Gone du Chaâba de continuer à critiquer Nicolas Sarkozy, fustigeant encore tout récemment la proposition de ce dernier de créer un "ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale" (Voir vidéo).

À contrario de ce qui s'est passé pour le livre d'Eric Besson sur Ségolène Royal, on tente côté UMP de banaliser et de minimiser tant la démission que la sortie de ce livre peu flatteur pour l'image de leur candidat à la magistrature suprême. Pour Xavier Bertrand, "On n'a pas vocation à commenter ou à se faire les agents littéraires de qui que ce soit" et pour Nicolas Sarkozy, ce que dit Azouz Begag est tout simplement un "mensonge éhonté".

Azouz Begag a fait l'objet de pressions de Matignon et de l'Elysée pour qu'il ne sorte pas son livre pendant la campagne électorale, mais il a finalement décidé "de passer outre" et a préféré démissionner de ses fonctions ministérielles pour "reprendre sa pleine liberté de parole". C'est l'un des rares membres du gouvernement à soutenir la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle.