Patrick Bonazza

Patrick Bonazza s'est penché sur le cas de ces grands patrons d'entreprises du CAC 40 ou de multinationales qui défraient régulièrement la chronique lorsque sont révélés les montants de leurs rémunérations. Parachutes dorés, salaires faramineux, retraites chapeau, stock-options gargantuesques, primes exceptionnelles, plus-values scandaleuses, les revenus de ces patrons gloutons atteignent des sommets qui dépassent souvent l'imagination du simple salarié français moyen. De Daniel Bernard (Carrefour) à Philippe Jaffré (Elf Aquitaine) en passant par Laurence Danon (Le Printemps), Igor Landau (Sanofi / Aventis), Patrick Le Lay (TF1), Jean-Marie Messier (Vivendi), Noël Forgeard (EADS), Jean-Marc Espanoux (Accor), Lindsay Owen Jones (L'Oréal), ou encore Henri de Castries (Axa), c'est une grande partie de l'establishment français des affaires — le mieux payé de tous les pays européens — qui est passé au crible.

Goinfre entre les goinfres, Antoine Zacharias est l'exemple type du grand patron qui ne pense qu'à s'en mettre plein les poches le plus vite possible. Ex-président du groupe Vinci, entreprise leader mondial du BTP, son salaire était de 4,3 millions d'euros, sa prime de départ fixée à 13 millions, sa retraite à 2,2 millions et son portefeuille de stock-options évalué à 173 millions. Pour le simple rachat des Autoroutes du Sud, il n'a pas hésité en plus à s'octroyer une petite prime personnelle de 8 millions. Contraint à la démission après le scandale provoqué par ses exigences, il réclame aujourd'hui encore 81 millions d'euros d'indemnité à Vinci. Autre exemple, celui de Daniel Bernard qui a refusé d'augmenter de 2% les employés de Carrefour et en a licencié mille tout en accumulant pour lui-même 171 millions d'euros, plus 38 millions d'euros de prime de départ pour faire bonne mesure. De même pour l'emblématique J6M — Jean-Marie Messier Moi-Même Maître du Monde — qui, en 2002, a laissé Vivendi au bord de la faillite tout en augmentant grassement son salaire (5,6 millions d'euros) et en réclamant 20,5 millions de dollars pour démissionner. Patrick Bonazza livre bien entendu des chiffres qui donnent le vertige tant ils sont démesurés, mais il détaille également les grenouillages et autres accords secrets conclus dans les coulisses des conseils d'administration où se fixent les rémunérations.

En pleine campagne présidentielle, on notera que nombre de ces goinfres qui gagnent en moyenne chaque mois plus de 300 fois le SMIC (fixé lui à 1254.28 euros brut) sont des amis et soutiens politiques du candidat des priviligiés redevables de l'Impôt sur les grandes fortunes (ISF), le très néolibéral Nicolas Sarkozy — dont au passage on attend toujours de voir la feuille d'impôts qu'il avait promis de rendre publique --, et que tous sont bien entendu activement défendus par Laurence Parisot, présidente du Medef et 276e fortune de France, qui estime que les rémunérations doivent être liées aux performances des grandes entreprises. Seul problème, plusieurs de ces grandes entreprises ne sont pas véritablement performantes et l'argent touché par leurs dirigeants est totalement déconnecté de la réalité sociale. Bien souvent les sommes extravagantes octroyées au PDG par des actionnaires qui eux aussi veulent toujours plus de dividendes, sont données à seule fin de rendre l'entreprise encore plus profitable au détriment de l'investissement et des employés. Dans de nombreux cas, ces fortunes sont données tout simplement pour récompenser un patron qui a pour mission de réduire le salaire des employés, voire même d'effectuer des plans de licenciement.