David Lynch
David Lynch

INLAND EMPIRE — un quartier réel de Los Angeles où habite David Lynch — une femme est en danger. Au-delà de ce scénario basique qui n'a été développé selon David Lynch lui-même qu'à la dernière minute, au fur et à mesure du tournage des scènes, ne cherchez pas trop à comprendre ce qui se déroule sous vos yeux de spectateur. N'en déduisez toutefois pas qu'il n'y a pas de scénario, il y en a bien un, mais en partie à l'intérieur du film, et d'une telle complexité que la plupart des critiques de cinéma ont renoncé à le raconter.

Pour ce qui peut être résumé de l'histoire, dans le sens d'un récit linéaire et logique, il s'agit de celle de l'actice Nikki Grace (Laura Dern) qui décroche à Hollywood un rôle dans un film dirigé par le célèbre, quoique inquiétant, metteur en scène Kingsley Stewart (Jeremy Irons). Sur le plateau, elle tombe amoureuse de son partenaire Devon Berk (Justin Theroux), un séducteur invétéré, et apprend que le film où elle interprète le personnage de Susan Blue est en réalité le remake d'un film maudit, 47, tiré d'un ancien conte tzigane polonais. L'opus original est resté inachevé car son tournage a été interrompu par le meurtre des deux acteurs principaux. À partir de là tout commence à se compliquer, Nikki a peur, d'autant plus qu'elle est surveillée par son mari malade de jalousie, et dans la mise en abyme du film dans le film, elle ne sait bientôt plus très bien qui elle est, elle-même ou son personnage.

David Lynch explore le labyrinthe mental de cette actrice amoureuse angoissée dont l'identité et la raison vacillent. Plongeant dans "l'Empire du Dedans", tout au fond de ses obsessions et de ses démons intérieurs, le réalisateur de Mulholland Drive abandonne définitivement tout compromis avec une narration classique pour entraîner le spectateur dans l'expérience sensorielle d'un univers hypnotique et fantasmagorique, à la fois étrange et familier, où il est vain de chercher un quelconque repère spacio-temporel. Meublé d'énigmes, de miroirs, d'escaliers, de contre-jours, de rêves fantasmatiques, de pulsions, de frayeurs, de simulacres et d'images de pur cinéma, le huis-clos onirique de INLAND EMPIRE (David Lynch tient aux majuscules) ouvre les portes de l'inconscient et parcourt les couloirs d'un monde vertigineux et halluciné situé quelque part entre réalité et fiction.