Charlie-Hebdo
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Le procès contre Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures de Mahomet doit se tenir les 7 et 8 février devant le Tribunal correctionnel de Paris. L'hebdomadaire dirigé par Philippe Val est poursuivi par la Grande mosquée de Paris pour "injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion". L'Union des Organisations Islamique de France (UOIF) et la Ligue Islamique Mondiale se sont également portées parties civiles dans l'affaire. M(es) Richard Malka et Georges Kiejman assureront la défense de Charlie Hebdo et M(es) Christophe Bigot, Francis Szpiner et Chems-Eddine Hafiz représenteront les plaignants. La plainte vise trois violentes caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo dans son édition du 8 février 2006. L'une fait dire au prophète de l'Islam — dont la représentation humaine est prohibée par cette religion — "C'est dur d'être aimé par des cons", les deux autres le montrent l'une en train d'accueillir des terroristes au paradis, l'autre coiffé d'un turban d'où sort une bombe sur laquelle figure la profession de foi des musulmans. Le premier dessin, publié en Une du journal, est de Cabu, les deux autres sont issus d'une série de douze caricatures initialement publiées le 30 septembre 2005 dans le quotidien danois Jyllands Posten puis reprises le 10 janvier 2006 par le journal norvégien Magazinet avant d'être diffusées en France par France Soir.

Pour Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), ces dessins amalgament musulmans, islamistes et terroristes. Ils ont pour but de semer la haine contre les musulmans car ces derniers sont ainsi assimilés dans leur ensemble, pour leur simple croyance en l'Islam, à des intégristes et à des terroristes islamistes. Lors d'une conférence de presse, il a estimé que la provocation de Charlie Hebdo, contrairement au quotidien France Soir (non poursuivi) cherchait délibérément à heurter les sentiments religieux de la communauté arabo-musulmane. Il s'est défendu de vouloir rétablir le délit de blasphème ou de tenter d'imposer une censure et a tenu à rappeler que l'Islam de France respectait les valeurs de la République, notamment la laïcité. Pour lui, ce procès a avant tout pour objectif de lutter contre l'islamophobie et le racisme anti-musulmans qui se développent actuellement en France. Il le fait au même titre que la Ligue Internationale contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA) ou le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) qui poursuivent systématiquement les auteurs de propos antisémites ou racistes. Me Spizner a par ailleurs souligné qu'en ne contestant que deux caricatures sur la série de douze, les musulmans français indiquent à l'évidence qu'ils ne s'opposent pas aux caricatures contre le Prophète.

Du côté de Charlie Hebdo, lequel compte parmi ses partisans de nombreux communautaristes identitaires juifs et autant d'islamophobes notoires tenant tribune ouverte dans les grands médias, on entend bien faire de ce procès celui de la lutte pour la défense de la laïcité, de la liberté d'expression et de la liberté de la presse. On affûte les arguments dénonçant l'intégrisme et l'obscurantisme islamiste, on réfute l'accusation de provocation contre la communauté musulmane en assurant la main sur le coeur qu'on ne l'attaque pas elle mais seulement la religion, comme le veut la libre tradition de la presse satirique du pays de Voltaire, on joue habilement la carte politique anti-Chirac (il a déclaré qu'il s'agissait d'une "provocation manifeste susceptible d'attiser dangereusement les passions"), on pétitionne et on mobilise le ban et l'arrière-ban de la classe politico-médiatique de gauche comme de droite. Une bonne douzaine de personnalités telles entre autres François Bayrou, François Hollande, Claude Lanzmann ou encore Elisabeth Badinter sont ainsi appelées comme témoins à la barre pour défendre les sacro-saintes valeurs de Charlie-Hebdo et d'une France libre et laïque qui aime ses musulmans autant que ses chrétiens et ses juifs, ce dont personne ne douterait... hormis les musulmans.