Robert Redeker

Robert Redeker

Robert Redeker, qui avait été menacé de mort après la publication en septembre 2006 dans Le Figaro d'un article haineux contre l'Islam, ne renie rien de ses propos islamophobes. Il est de retour sur la scène médiatico-éditoriale avec un livre, Il faut tenter de vivre, publié aux éditions du Seuil.

Adil al Hyanne, alias Omar al-Batar, auteur présumé de l'appel au meurtre diffusé sur le forum d'un site islamiste -- ce que d'aucuns appellent non sans arrière-pensée une "fatwa" --, a été arrêté le 19 décembre dernier au Maroc. Depuis Robert Redeker a sorti un livre, Il faut tenter de vivre, et usant, sinon abusant, de son statut de victime, il multiplie les interventions publiques en monopolisant les micros complaisants comme entre autres ceux de Jean-Pierre Elkabach sur Europe 1 ou du Journal télévisé de France 2, particulièrement obsédés par cette affaire. L'ancien prof de philosophie -- il cesse en effet d'enseigner mais, sur proposition de son ministre de tutelle Gilles de Robien, il va pouvoir continuer ses "recherches" au sein du CNRS -- y raconte avec force détails ce qui lui est arrivé, comparant sa situation à celle de Salman Rushdie et s'attardant longuement sur les problèmes causés par la vie clandestine qu'il a du mener sous protection policière. "J'ai mené une vie d'errance, de domicile en domicile, une vie cachée" (..) "Tout ce que je vis m'apparaît comme un bonus", "J'ai vécu comme dans un tombeau", "je resterai une cible jusqu'à la fin de mes jours car la menace est liée à la nature même d'internet", etc...

Hormis les intellectuels communautaristes juifs (Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann,...), les leaders politiques de la Droite extrême (Philippe de Villiers, Jean-Marie le Pen, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui l'a "soutenu de la façon la plus nette"), et certains grands médias audiovisuels qui l'ont très activement défendu, lui et ses propos islamophobes, Robert Redeker fait peu de cas des innombrables autres soutiens qui se sont solidarisés à sa personne pour défendre le droit d'expression tout en ne partageant pas ses opinions. Les associations, les partis politiques, l'Education Nationale (ses collègues enseignants, les syndicats, son ministre Gilles de Robien), et d'une façon générale le pays de Voltaire dans son ensemble ont en effet le tort à ses yeux de ne pas adhérer à son discours de haine contre l'Islam et le monde arabo-musulman. Pour lui, des associations telles que la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) ou le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP), qui ont émis des critiques sur son article, "ne l'ont pas défendu" et, pire, l'auraient même "considéré comme mort". Pour Robert Redeker, il est indispensable pour défendre la liberté d'opinion en France de penser comme lui que le Coran est un "livre de haine et d'inouïe violence (...) dans lequel les musulmans sont tous éduqués", que "Jésus est un maître d'amour alors que Mahomet est un chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame", et que "l'Islam pose sa chape de plomb sur le monde".

Invité à débattre jeudi 18 janvier sur le plateau de l'excellente émission animée par Frédéric Taddeï sur France 3, Ce soir ou jamais, Robert Redeker a malheureusement pour lui montré qu'il n'avait ni les connaissances ni même les capacités intellectuelles pour défendre son discours. Confronté à la culture, à l'intelligence et à l'humanisme profond d'intellectuels comme Henri Pena-Ruiz (philosophe grand défenseur de la laïcité) et Abdelwahab Meddeb (essayiste et écrivain arabo-musulman solidaire de Redeker, signataire de la pétition de soutien, mais curieusement "oublié" de la liste des soutiens remerciés), Robert Redeker n'est parvenu qu'à montrer sa malhonnêteté intellectuelle et sa méconnaissance des questions qu'il prétend traiter. Ses arguments confus, basés sur une lecture plus que sélective des textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l'islam, sont pour la plupart de nature idéologico-religieuse. Il amalgame allègrement religion musulmane, islamisme et terrorisme et reprend, même s'il s'en défend, le discours habituel des idéologues de la guerre des civilisations. A l'évidence l'objectif de Robert Redeker semble surtout être de placer tout en haut les valeurs de l'occident judéo-chrétien en les opposant à "l'obscurantisme" du monde arabo-musulman dont il ne reconnaît ni la diversité ni la complexité. Du monde non-occidental et non judéo-chrétien Robert Redeker ne veut retenir que la violence d'une infime partie extrêmiste et fondamentaliste. La preuve: il en est victime.