France 24
France 24

La France ajoute sa voix à l'info-monde. Après les chaînes américaines CNN International, FOX News et MSNBC, les arabes Al-Jazira (Al-Jazeera International) et Al-Arabia, l'européenne Euronews, la francophone TV5Monde, l'allemande Deutsche Welle et la britannique BBC World, le paysage audiovisuel de l'info-monde global s'enrichit d'une petite dernière française gratuite, France 24 (ex-CFII), dont la mission est de "couvrir l'actualité internationale avec un regard français".

Les émissions de France 24 pourront être captées en streaming sur internet dès le mercredi 6 décembre au soir — date du lancement officiel en grande pompe avec le président de la République Jacques Chirac en direct de la Place de la Concorde --, puis 24 heures plus tard sur les réseaux câble, satellite et ADSL en France, en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et dans quelques États américains comme New York et Washington D.C.. Contrairement aux autres chaînes d'actualité française comme itélé (gratuite) et LCI (payante), France 24 ne sera pas présente sur la TNT, pour des raisons budgétaires, mais diffusée en clair par TPS, CanalSat, Noos/Numéricâble et Erenis. Elle sera diffusée sur deux canaux de télévision — l'un en français, l'autre en anglais, auquels viendront s'ajouter plus tard l'espagnol et l'arabe — et sur trois sites web français, anglais et arabe. Si tout va bien, à l'horizon 2008 elle pourra être captée dans plus de 90 pays et quelque 80 millions de foyers, soit 250 millions de téléspectateurs, pourront la recevoir. L'objectif est de toucher en particulier les leaders d'opinion et l'élite intellectuelle du monde entier.

L'équipe rédactionnelle, dirigée par des français — Gérard Saint Paul, Grégoire Deniau, Agnès Levallois, Jean Lesieur et Albert Ripamonti --, compte 170 jeunes journalistes de 28 nationalités différentes présents dans 150 villes du monde. Sa tâche sera de composer et diffuser toutes les heures, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, un journal d'infos internationales qui sera entrecoupé de magazines, d'entretiens et de débats destinés à décrypter l'actualité internationale selon "les valeurs françaises". Les programmes seront réalisés pour un tiers par des journalistes de France Télévisions en poste à l'étranger, un autre tiers par des correspondants pigistes, et le dernier tiers par des partenaires comme l'AFP, TV5 Monde, RFI ou RFO.

La chaîne est présidée par Alain de Pouzilhac (ancien patron du groupe publicitaire Havas) qui est secondé par Étienne Mougeotte (vice-président de TF1). Elle s'est également dotée d'un Conseil de surveillance composé de 6 membres: Patrick de Carolis, Patrick Le Lay, Patrice Duhamel, Étienne Mougeotte, Thierry Bert et Jean-Michel Counillon. Filiale à parts égales du groupe privé TF1 et du groupe public France Télévisions, France 24 est dotée pour 2007 d'un budget de 86 millions d'euros. Le montant souffre de la comparaison avec les 2,3 milliards de dollars de CNN et les 600 millions d'euros de BBC World, mais il convient de noter qu'en cumulant les budgets des différents médias français tournés vers une diffusion internationale, tels entre autres TV5 Monde, RFI et CFI, le montant global n'est pas si négligeable. A l'origine privée de ressources publicitaires afin de ne pas concurrencer sur ce terrain les autres chaînes françaises, Le Ministère des Finances et la Direction de la concurrence (DGCCRF) lui ont finalement accordé le mois dernier le droit de commercialiser des spots de pub. Les bureaux ultra-modernes du siège social de France 24 sont installés aux portes de Paris, à Issy les Moulineaux, à deux pas de TF1, Canal + et France Télévisions, dans une rue rebaptisée pour l'occasion rue des Nations Unies. 380 personnes au total seront employées par la chaîne.

L'idée d'une "CNN à la française" a été lancée dès 1987 par Jacques Chirac, alors premier ministre. Elle a réellement été mise sur les rails au début de la Guerre des Etats-Unis contre l'Irak, lorsque les chaînes américaines relayaient dans le monde entier la propagande de George W. Bush. Le facteur déclenchant a sans doute été le fameux discours de Dominique de Villepin, en février 2003, à l'assemblée du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui annonçait le veto de la France. Les applaudisements nourris des diplomates réunis ont été censurés par toutes les chaînes d'info américaines. Deux semaines plus tard, le gouvernement français lançait officiellement le projet d'une chaîne d'info continue ayant pour vocation d'assurer "une présence plus visible de la France dans la bataille mondiale des images". Même si l'on récuse au sein de la rédaction le terme de "Voix de la France", l'objectif initial fixé par Jacques Chirac, inscrit dans la charte rédactionnelle, est bien "de porter partout dans le monde les valeurs de la France et sa vision du monde".