Raymond Queneau
Raymond Queneau

Le troisième volume des Oeuvres complètes de Raymond Queneau dans la collection de la Pléiade vient de sortir en librairie, fruit d'un passionnant travail éditorial mené sous la direction d'Henri Godard avec la collaboration de Jean-Philippe Coen, Daniel Delbreil, Paul Gayot, Anne Marie Jaton, Jean-Yves Pouilloux et Emmanuël Souchier. Publié à l'occasion des trente ans de son décès (Queneau est mort le le 25 octobre 1976) ce second et dernier tome des romans donne à lire entre autres les classiques Loin de Rueil, Zazie dans le métro, Oeuvres complètes de Sally Mara, Exercices de style, Les fleurs bleues, Saint Glinglin, Le dimanche de la vie et Le vol d'Icare. Le lecteur découvrira aussi et surtout de nombreux textes préparatoires et documents totalement inédits tirés des manuscrits de l'auteur. Ainsi les premiers Exercices de style — entre autres les excellents Epistolaire, Réactionnaire et Publicitaire, qui ne figurent pas parmi les 99 variations retenues dans l'édition de 1947 — et une première mouture du célèbre Zazie dans le métro, écrite sous le titre Y a pas grève 15 ans avant la publication du roman en 1959.

Dans cette version originelle de Zazie dans le métro la RAPT ("doukipudonktan ?") n'était pas en grève. Du coup Zazie, la gamine provinciale et délurée qui débarque à Paris pour rendre visite à son tonton Gabriel (un danseur en tutu incarné par le regretté Philippe Noiret dans le film de Louis Malle sorti en 1960) mais qui n'a pour but que de prendre le métro, parvient à s'y engouffrer. "Zazie descendit quelques marches et demeura là, plantée au milieu de l'escalier, émue de descendre cette voie sacrée. Un garçon un peu plus âgé qu'elle la bouscule au passage en lui demandant si elle ne pourrait pas se grouiller, non? Cocu, qu'elle lui réplique". Dans la version définitive, le métro étant en grève, Zazie et son oncle déambulent à pied dans la capitale, découvrant un monde étrange et pittoresque, voire absurde, dont la découverte est régulièrement commentée d'un impertinent "Mon cul!" lâché par la gamine métaphysicienne à la langue bien pendue. A lire et à relire dans les deux versions en croisant les textes et les commentaires pour découvrir le laboratoire de ce chef-d'oeuvre de drôlerie où le jeu du langage est le principal personnage.