Google Vidéo
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Après Google Books et Google News qui bousculent sans ménagement l'ancien monde des éditeurs de livres et de journaux, voici Google Vidéo qui pénètre lui sur le domaine réservé des producteurs diffuseurs de cinéma. La firme de Mountain View annonce en effet que Automne, le film de Ra'Up McGee qu'elle diffuse en intégralité et en exclusivité sur son site de vidéos, a déjà été visionné en France par plus de 450.000 spectateurs.

Automne (Autumn), primé cette année dans deux festivals américains (de Newport et Santa Cruz), est le premier long-métrage du cinéaste irlando-américain Ra'Up McGee qui a mis cinq ans à le réaliser. C'est un polar à la Melville d'une heure 50', tourné à Paris, en langue française, avec notamment Laurent Lucas, Irène Jacob, Michel Aumont et Jean-Claude Dreyfus dans les principaux rôles. Originalité, hormis les avant-premières présentées dans des salles de cinéma il n'est diffusé que sur le Net, via Google Vidéo, où il connaît un vif succès. Depuis juillet dernier il est diffusé outre-Atlantique sur le portail américain qui le propose en location VoD (Vidéo à la Demande) au prix de 3,99 dollars et en achat par téléchargement payant au prix de 9,99 dollars. En France, faute de distributeur en salles, et en attendant la mise en place du service de paiement en ligne Google Purchase, Automne est proposé gratuitement dans son intégralité en streaming sur Google Vidéo France. A la date du 30 novembre, 455.000 internautes l'ont déjà visionné, score qu'il n'aurait probablement jamais obtenu dans le cadre d'une diffusion traditionnelle. Ra'Up McGee indique que ses recherches de distributeurs en France sont restées vaines puisque on ne lui a proposé qu'une sortie éphémère dans une trentaine de salles, ce qui était insuffisant pour couvrir les coûts de production. Afin de faire connaître son film aux spectateurs, il a préféré opter comme aux Etats-Unis pour une diffusion sur internet et a conclu à cet effet un accord avec Google France qui s'est chargé d'en assurer en exclusivité la diffusion gratuite sur son service de vidéos en ligne. Le cinéaste estime que l'opération permettra de rentabiliser son film par la vente conjointe du DVD et de la BO, qui sont eux payants.

En matière de diffusion de films c'est une première mondiale qui risque toutefois de faire grincer quelques dents parmi les professionnels du cinéma. Il existe en effet une règle devenue force de loi qui impose une chronologie dans la diffusion des films en France. Jusqu'à présent le film doit ainsi d'abord sortir en salles, puis en DVD après six mois d'exploitation, en VoD après 9 mois, et enfin à la télévision (généralement d'abord sur Canal +) après un an. Le non-respect de cette chronologie suscite déjà l'embarras et un début de polémique parmi les majors du cinéma qui possédent les canaux traditionnels de distribution des films. Après l'industrie musicale et à l'instar de certains groupes d'édition ou de presse, elles craignent que l'internet entame leur part de gâteau sur les oeuvres cinématographiques dont elles s'arrogent habituellement les droits de propriété. A Google Vidéo France, on plaide comme pour les attaques contre Google Livres et Google News, c'est-à-dire qu'on défend une logique de partenariat et de bons procédés en matière de droits d'auteur avec tous ceux qui veulent diffuser sur internet leurs oeuvres et/ou produits à contenu audiovisuel. Comme pour les livres et l'information, Google — qui vient par ailleurs de racheter le site communautaire de partage de vidéos Youtube pour 1,65 milliards de dollars — est en train d'étudier les modalités d'une monétisation par la publicité des contenus audiovisuels qui lui seront fournis, ceci afin de proposer en ligne des films gratuitement tout en rémunérant les propiétaires de droits quels qu'ils soient: chaînes de télévison, grandes maisons de production, studios de cinéma indépendants ou simples auteurs-réalisateurs individuels.