Laurent Joffrin
Laurent Joffrin

Les journalistes de Libération ont nommé vendredi 24 novembre Laurent Joffrin, déjà PDG du journal depuis le 20 novembre, au poste de Directeur de la rédaction. À l'issue d'un vote qui a réuni 212 des 259 membres inscrits de la Société des rédacteurs, 127 d'entre eux, soit 63,8% des votants, ont souhaité que leur nouveau PDG prenne également la tête de la rédaction. 72 journalistes (36,2%) ont voté non et 13 blanc.

Laurent Joffrin, qui a déjà été Directeur de la rédaction de Libération entre 1996 à 1999, a indiqué vouloir occuper cette fonction en plus de celle de PDG en raison de "l'urgence de la situation", afin de mettre en oeuvre plus rapidement et plus complètement son plan de relance. "Je prends la direction de la rédaction provisoirement, je ne veux pas cumuler les deux fonctions, mais il s'agit d'avancer très vite notamment sur le plan des changements d'organisation de la rédaction et du contenu", a-t-il expliqué. Il prendra ses fonctions dès le 27 novembre et mettra immédiatement en place un groupe de travail qui définira le nouveau projet rédactionnel du journal. Antoine de Gaudemar, 55 ans, qui occupait le poste depuis 2002, lui a cédé la place à sa demande et n'a pas encore pris de décision concernant son avenir au sein du journal.

Laurent Joffrin dément être "l'homme d'Edouard de Rothschild", principal actionnaire de Libération, même si son nom était associé depuis plusieurs semaines à celui du banquier et s'il a démissionné du Nouvel Obsercateur avant même que le personnel de Libération se prononce sur le dirigeant qui remplacerait Serge July. Devant les salariés du quotidien il a indiqué jeudi 16 novembre vouloir préserver à la fois l'emploi et l'indépendance du titre mais il a présenté un projet assez proche de celui d'Edouard de Rothschild. Ce dernier prévoit — à la suite d'un audit réalisé par l'actuel administrateur judiciaire nommé le 04 octobre dernier par le Tribunal de commerce de Paris dans le cadre d'un plan de sauvegarde — la suppression d'une centaine d'emplois. Au final, après une négociation du plan social qui s'annonce rude avec les syndicats, près de 80 postes pourraient être supprimés sous la coupe du nouveau PDG, dont une trentaine au sein de la rédaction.

Côté projet rédactionnel, Laurent Joffrin souhaite réengager le journal sur des positions politiques et citoyennes de gauche. Il veut que le futur Libération devienne "la maison commune d'une gauche ouverte" et une "entreprise multimédias" qui serait "porte-parole de la société face aux pouvoirs". Concrètement il envisage un quotidien qui privilégierait une dimension magazine (portraits, reportages, entretiens,..) tout en continuant à traiter l'actualité de façon exhaustive, même si la pagination doit diminuer d'une douzaine de pages en moyenne. Il préconise pour cela une nouvelle "polyvalence" des journalistes, une "centralisation" du travail d'édition et un développement bi-média, c'est-à-dire en éditon simultanée web et papier, avec une participation plus directe et plus active des internautes dans le contenu.

Pour Edouard de Rothschild, "il appartient désormais à Laurent Joffrin de déterminer la stratégie pour atteindre l'équilibre en 2008 au plus tard". Il souhaite que l'ensemble des modalités du plan de refondation soit bouclé avant fin décembre, tant sur le plan rédactionnel que financier (recapitalisation et rééchelonnement de la dette avec les créanciers) et organisationnel (avec côté gouvernance la création de nouveaux statuts qui enlèveraient son historique droit de veto à la Société Civile des Personnels de Libération (SCPL), actuellement présente dans le capital à hauteur de 18,4%). A défaut, en cas de blocage interne ou si des résultats ne sont pas obtenus très rapidement pour limiter les déficits (13 millions d'euros de perte d'exploitation prévus en 2006 pour un chiffre d'affaires de 73 millions), ce sera le dépôt de bilan. Avec de nouveaux actionnaires, dont les noms ne sont pas encore dévoilés (probablement le groupe Suez), Edouard de Rothschild prévoit de réinjecter 15 millions d'euros dans le quotidien à la suite des 20 millions qu'il a déjà investi lors de son entrée dans le capital en janvier 2005.