Lady Chatterley

L'histoire de Lady Chatterley est simple et connue: Sur les terres de Wragby, au coeur d'une Angleterre du début des années 1920 déjà fortement industrialisée mais toujours puritaine, Constance (Marina Hands) est mariée à Sir Clifford Chatterley (Hippolyte Girardot), paralysé et impuissant à la suite de blessures reçues pendant la guerre.

La jeune aristocrate de 23 ans sombre doucement dans la dépression en menant une vie monotone toute entière dévouée à son mari impotent. A l'arrivée du printemps, lors d'une promenade dans la forêt, elle rencontre le garde-chasse du domaine, Parkin (Jean-Louis Coulloc'h), un homme fruste et taciturne qui vit en solitaire au milieu des bois. Alors que la végétation alentour s'épanouit, leur relation amoureuse et sexuelle les fera s'éveiller lui à la civilisation, elle à la sensualité. Pour Pascale Ferran "C'est l'histoire d'un homme qui rend un corps à une femme, et d'une femme qui rend une parole à un homme".

La cinéaste a choisi d'adapter la deuxième version du célèbre et dernier roman de D.H. Lawrence, intitulée John Thomas and Lady Jane. Écrite en 1927 mais publiée seulement en 1972 (en 1977 en français, sous le titre de Lady Chatterley et l'homme des bois, éditions Gallimard), c'est la moins tourmentée et la plus panthéiste des trois versions du roman, dont seule la troisième, L'Amant de Lady Chatterley (Lady Chatterley's Lover, publiée initialement à compte d'auteur à Londres en mars 1928), fait office d'édition de référence.

C'est néanmoins une excellente adaptation, sans niaiserie ni voyeurisme, fidèle à l'esprit et à l'oeuvre du grand romancier britannique. Sous une longue mise en scène (2H38) et un rythme de lente palpitation cosmique, le film est un éblouissement de l'instant présent qui ne cesse de se métamorphoser, plein de l'élan vital d'une nature primitive. La sensualité constante de l'image où les paysages et les saisons se transforment parallèlement à l'évolution des sentiments intérieurs et à l'union des corps est sans conteste une réussite.

Sous son lyrisme, la réalisation de Pascale Ferran parvient ainsi à transcrire la force dionysiaque du roman originel, dont le propos subversif sur la sexualité fit scandale lors de sa sortie. (Par la suite, après la libération sexuelle des années '70, l'oeuvre fût malheureusement un peu trop facilement caricaturée, notamment à cause de L'Amant de Lady Chatterley, vulgaire adaptation "érotique" réalisée en 1981 par Just Jaeckin, avec "Emmanuelle"-Sylvia Kristel dans le rôle de Constance).

Réalisatrice notamment de Petits Arrangements avec les morts (1993) et de l'Age des possibles (1995), Pascale Ferran explique que, à l'instar de D. H. Lawrence qui avait tenté de remettre la sexualité à sa place — c'est-à-dire comme faisant partie intégrante du profond mystère des rapports amoureux — contre les tabous sociaux de son époque, elle tente elle aussi aujourd'hui de faire la même chose, en remettant dans son film de la chair et des sentiments qui s'opposent aux froides représentations du sexe et du désir dans le cinéma contemporain.

On retiendra surtout que, comme D. H. Lawrence, au-delà de la subversion sociale, elle redonne une dimension cosmique à l'union charnelle entre un homme et une femme qui sortent de leur solitude pour vivre l'expérience métamorphosante de l'amour.

-------

Pascale Ferran, Lady Chatterley, adapté du roman de D. H. Lawrence, avec Marina Hands, Hippolyte Girardot et Jean-Louis Coulloc'h.