Forum sur la Gouvernance de l'Internet
Forum sur la Gouvernance de l'Internet

Du 30 octobre au 02 novembre 2006 a lieu à Vouliagmeni, dans la banlieue sud d'Athènes (Grèce), le premier rendez-vous de l'Internet Governance Forum (IGF), dont le projet avait été initié lors du Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI) de Tunis, en novembre 2005. Réunissant sous l'égide de l'ONU les représentants de quelque 90 pays ainsi que les grands acteurs en charge du secteur, l'IGF a pour principale mission de discuter des problématiques liés à la gouvernance de l'Internet afin d'établir en la matière des règles du jeu pour l'ensemble de la communauté internationale.

L'enjeu de la rencontre est d'importance étant donné le rôle majeur qu'occupe aujourd'hui l'Internet dans la vie politico-économique et culturelle du monde entier. 1.200 personnes — des opérateurs comme Yahoo!, Microsoft ou Google, des organisations de défense des libertés comme Amnesty International ou Reporters Sans Frontières, des grandes institutions internationales comme l'UNESCO, le Conseil de l'Europe, la Commission européenne (représentée par Viviane Reding) ou l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), des responsables politiques ou administratifs de 90 Etats, des chercheurs, entrepreneurs, consultants et experts divers — vont ainsi discuter et tenter d'élaborer des recommandations applicables ensuite par tous les pays et entreprises concernés. Au menu de la trentaine d'ateliers: les problèmes de réduction de la frature numérique et d'accès internet dans les pays sous-développés, de multilinguisme, de cybercriminalité, de protection des données personnelles, de connectivité très haut débit, d'interopérabilité ou encore de lutte contre le spam, mais surtout — même si elle ne figure pas au programme officiel du Forum — la question plus politique que technique de la domination américaine sur la gestion du réseau des réseaux.

L'administration américaine possède en effet un pouvoir extravagant sur le Net puisqu'elle contrôle seule via son département du Commerce l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). Cet organisme de droit américain, créé en 1998, gère techniquement et commercialement le système des adresses IP, des noms de domaine et des serveurs racine de l'Internet. C'est l'ICANN qui décide seul quelles sociétés peuvent distribuer les .com, .net, .fr, .uk et autres .cn, ce qui tant pour des raisons stratégiques qu'économiques ne plaît guère aux autres Etats car chaque pays est ainsi théoriquement susceptible de voir son extension sur internet disparaître du jour au lendemain sur simple décision unilatérale des Etats-Unis. La communauté internationale tente donc depuis plusieurs années de faire changer le statut de l'ICANN vers plus de collégialité, ou de confier la structure par exemple à l'Organisation des Nations Unies (ONU), mais elle se heurte à un refus catégorique de Washington qui se pose sur le sujet en seul garant de la démocratie et de la stabilité opérationnelle d'Internet.

L'autre principale question qui fâche et qui devrait animer les débats du FGI concerne les Droits de l'Homme en matière de liberté d'expression et de libre circulation de l'information sur la toile. Les organisations de défense des libertés entendent bien profiter de cette vaste plateforme d'échanges pour, d'une part, dénoncer la censure qui sévit sur internet dans nombre de pays, d'autre part pour mettre devant leur responsabilité éthique les grandes entreprises occidentales qui collaborent avec ces régimes autoritaires. Amnesty International lance notamment un appel aux gouvernements et aux entreprises du secteur pour qu'elles respectent enfin la liberté d'expression et protègent la vie privée. Principaux visés: Yahoo! et Microsoft qui, à plusieurs reprises ces derniers temps, ont transmis aux autorités chinoises des informations confidentielles sur certains de leurs utilisateurs. Ces derniers, tels entre autres les journalistes cyberdissidents Shi Tao et Zhao Jing, ont par la suite été condamnés et emprisonnés en raison de leurs opinions diffusés sur le web. Google est également mis en cause pour avoir lancé sur le marché chinois une version censurée de son moteur de recherche. Outre la Chine, des pays comme la Birmanie, la Tunisie, l'Iran ou le Vietnam entre autres sont aussi pointés du doigt en matière de censure et de traque des internautes dissidents.