Tom Tykwer
Tom Tykwer

Le parfum, passionnant roman de l'écrivain allemand Patrick Suskind publié il y a plus de 20 ans, sort cette semaine sur les écrans français, adapté par le réalisateur allemand Tom Tykwer. Il relate l'histoire d'un orphelin maladif né au milieu du XVIIIe siècle dans les détritus d'un nauséabond marché aux poissons parisien, Jean-Baptise Grenouille (Ben Whishaw), qui se révèle bientôt posséder un sens anormalement développé de l'odorat. Devenu apprenti d'abord chez un tanneur puis chez le maître parfumeur italien Baldini (Dustin Hoffman), Grenouille découvre petit à petit les secrets des parfums et leurs techniques de fabrication. Le don exceptionnel qui lui fait percevoir les plus infimes nuances des essences lui permet de composer de très grands parfums. Mais son ivresse des odeurs et sa quête perfectionniste le pousse bientôt au-delà de l'art des senteurs. Il tente de percer le profond mystère de la fragrance idéale, celle de l'amour, l'arme fatale de la séduction dont la pureté, la douceur et la fraîcheur parfaites lui permettraient de séduire instantanément et implacablement tous ceux qui la sentirait. Subjugué par une jeune femme rousse, il comprend que l'odeur corporelle est un ingrédient indispensable à la composition du parfum absolu et il tuera plusieurs jeunes filles en fleurs afin d'extraire leur odeur naturelle.

Dans le sillage de Patrick Süskind dont le roman a séduit des millions de lecteurs (Traduit en 45 langues, plus de 15 millions d'exemplaires du livre ont déjà été vendus depuis sa publication en 1985), Tom Tykwer entraîne le spectateur aux confins de l'imagination, là où il n'est nul besoin d'odorama ni de nez surdéveloppé pour sentir et ressentir le parfum subtil de la vie et de la mort. Des remugles pestilentiels des bas-quartiers aux suaves effluves des salons de la noblesse en passant par les fumets des cuisines bourgeoises, de Paris à Grasse en passant par Montpellier, des mystères de la nature à la mystique de l'amour en passant par la passion des sens, le cinéaste dresse le portrait d'un homme obsédé par un désir primal d'amour et de pouvoir.

Aidé par Andrew Birkin qui a participé à la co-écriture du scénario, le cinéaste s'est plutôt bien tiré d'affaire pour la suggestion virtuelle des sensations olfactives via le langage cinématographique, avec un travail pictural, un montage, une bande son, et aussi des acteurs — Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman, Rachel Hurd-Wood — manifestement bien inspirés. Le Parfum, le film, est sans doute appelé à un grand succès public tant son intrigue et son esthétique — suite de tableaux baroques aux couleurs sombres éclairées à la bougie, style Le Caravage ou Rembrandt — semblent aussi aptes à captiver le spectateur que le livre à envoûter le lecteur.

Il faut dire que la production n'a pas lésiné sur les moyens en engageant quelque 50 millions d'euros sur le projet, l'un des plus coûteux de l'histoire du cinéma allemand. Martin Scorsese, Milos Forman, Tim Burton et Ridley Scott entre autres s'étaient proposés pour l'adapter mais Patrick Suskind, après 15 ans d'attente — et contre 10 millions d'euros, dit-on --, a finalement cédé les droits d'adaptation à Bernd Eichinger, de Constantin Film, producteur notamment du Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, de La Chute d'Olivier Hirschbiegel (sur les derniers jours d'Adolf Hitler) et du récent Les Particules élémentaires d'Oskar Roehler (tiré du roman de Michel Houellebecq). L'écrivain, très méfiant à l'égard des adaptations d'oeuvres littéraires au cinéma, souhaitait que le film soit réalisé par Stanley Kubrick, mais ce dernier avait décliné l'offre en raison de la difficulté à traduire en images un univers aussi sensuel et complexe.

Le Parfum fait d'ores et déjà salle pleine en Allemagne depuis sa sortie en salles il y a deux semaines. Il est très attendu dans tous les pays d'Europe où les sorties s'étaleront jusqu'à Noël, date à laquelle il partira à la conquête des États-Unis.

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Tom Tykwer, Le Parfum, avec Dustin Hoffman et Ben Whishaw.