Google News
Google News

Invoquant la violation du droit d'auteur, un tribunal belge a condamné Google à retirer de son portail d'actualités les titres des articles de la presse belge francophone — notamment de La Libre Belgique, Le Soir et La Dernière Heure --, sous peine d'une astreinte de 500.000 euros par jour à compter du 18 septembre. Le jugement, rendu par défaut le 05 septembre dans une sorte de référé, a été contesté par la firme de Mountain View qui a fait opposition car ses avocats n'avaient pas été prévenus assez tôt de l'audience. Lors d'une nouvelle audience tenue mercredi 20 septembre, en attendant celle sur le fond prévue le 24 novembre, Google a indiqué s'être exécuté pour le retrait des contenus mais a demandé aux magistrats de ne pas appliquer l'autre décision du tribunal qui l'oblige à publier le jugement durant 5 jours sur la page d'accueil de Google News Belgique.

Les éditeurs de presse dénient à Google le droit de mettre en ligne leurs titres d'actualité sans autorisation formelle. Le leader de la recherche sur internet se défend en indiquant qu'il ne viole pas le Droit d'auteur, qu'il ne diffuse aucune publicité pour son compte sur Google News, et que les liens fournis par son service augmentent l'audience des sites web référencés. Générant toutes requêtes confondues de 50 à 80% du trafic vers ces sites, il estime contribuer à leur audience, donc à leurs ressources publicitaires et à leur possibilité de gagner de nouveaux lecteurs. Sans ses services de recherche et d'agrégation de contenus les internautes, c'est un fait, n'iraient pas d'eux-mêmes en si grand nombre consulter les articles sur les sites des journaux. La position de Google est en outre similaire à celle adoptée face aux éditeurs de livres en ce qui concerne l'opt-out. "Nous estimons que ce procès n'était vraiment pas nécessaire. Google a une politique très claire de respect des voeux des propriétaires de contenus. Si un journal ne veut pas être présent sur Google News, nous l'enlevons de notre index. Il lui suffit de nous le demander", a indiqué la direction de Google.

L'association Copiepresse, qui regroupe les éditeurs de presse belge francophone, ne l'entend pas de cette oreille. Elle ne veut pas que les sites soient retirés de l'index Google mais exige un contrat formel et surtout une rémunération sonnante et trébuchante. "Notre objectif n'est pas de faire retirer nos articles, mais que nos contenus soient rétribués", précise la secrétaire générale de Copiepresse. A l'instar de la Fédération Nationale de la Presse française (FNPF), elle se félicite du jugement rendu par le tribunal bruxellois et souhaite qu'il fasse jurisprudence dans l'Union Européenne. Elle s'active, avec le soutien de l'Association Mondiale des Journaux (AMJ) qui représente 18.000 titres de presse dans le monde, pour mobiliser le maximum d'éditeurs dans une task force afin d'enfoncer le clou. En mars 2005, l'Agence France Presse (AFP) a déjà assigné Google en justice pour violation du copyright sur ses dépêches et photos, réclamant 14,7 millions de dollars de dommages et intérêts pour les Etats-Unis et 2,8 millions d'euros pour la France. Aucun jugement n'a encore été rendu dans cette affaire. Côté édition, c'est en France le groupe La Martinière (maison-mère des éditions du Seuil) qui a attaqué Google en justice pour l'indexation de ses livres dans la bibliothèque numérique Google Books.

L'objectif à terme des éditeurs de contenus numérisés est de faire payer non seulement les clients internautes mais aussi les services fournis sur internet par les moteurs de recherche et les agrégateurs d'infos. L'agence Associated Press (AP) a déjà conclu récemment avec Google un accord qui prévoit la rémunération de ses dépêches. Le journal Le Monde, qui préfère "apprivoiser" plutôt que combattre le moteur de recherche, s'est également entendu avec Google, mais sans contrepartie financière, en constatant qu'à lui seul il envoie chaque jour 100.000 visiteurs sur son site web. Une manne en termes d'audience qu'il serait dommage de perdre. D'autant plus que Google dispose aussi d'une régie publicitaire, Google Adwords, qui génère de substanciels revenus.

La décision de la justice belge est un peu inattendue pour de nombreux éditeurs européens de livres et/ou de presse. De plus en plus résignés après s'être rendus compte qu'ils ont raté le coche, ils voient la révolution numérique leur rogner chaque jour un peu plus de leur hégémonie sur les secteurs de l'édition et de l'information. Surpris par l'arrivée rapide et brutale des nouvelles technologies, et quasiment aux abois devant les chutes d'audience et de recettes parfois spectaculaires de leurs organes de presse ou d'édition traditionnelle sur papier, beaucoup d'entre eux réagissent un peu comme une bande de lapins pris dans les phares d'une moissonneuse-batteuse. Affolés, ils courent en tous sens et s'accrochent désespérément à la moindre décision de justice rendue contre l'entreprise américaine érigée en bouc émissaire, ne semblant pas prendre conscience de la contre-productivité de leur combat schizophrénique. Inévitablement, bon nombre d'entre eux, les plus stupides et les plus malchanceux, finiront écrasés par la machine qui les fascine. Les plus malins, comme Le Monde, ont eux bien compris, au-delà des rodomontades de façade, des attaques en justice et de l'invocation outrée et un tantinet fallacieuse du sacro-saint Droit d'auteur, où se trouvent leurs intérêts. Ils estiment qu'il est plus que temps de répondre enfin à la demande pressante du grand public internaute du 21e siècle. A moins de continuer à se tirer des balles dans le pied, il leur revient aujourd'hui, fatalement, de s'adapter au nouvelles règles du jeu de la mondialisation et du néo-libéralisme qu'ils défendent par ailleurs si bien dans leur production. Pour conserver leur place et leur rôle, les éditeurs n'ont plus d'autre choix que de négocier avec les puissantes multinationales de l'internet, telles Google, qui ont su s'imposer comme d'incontournables portes d'accès au marché mondial de l'information et des savoirs.