Dictionnaire Le Petit Robert
Dictionnaire Le Petit Robert

Le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) proteste contre la définition du mot "colonisation" donnée par Le Petit Robert. Dans l'édition 2007 de ce dictionnaire de référence, le mot Colonisation y est en effet présenté comme "mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies" et le mot Coloniser a pour définition: "coloniser un pays pour le mettre en valeur".

Patrick Lozès, président du Cran, s'est insurgé mardi 5 septembre sur France 3 contre ces deux définitions qui "cautionnent et justifient la colonisation". Rappelant la polémique et l'indignation qu'avait suscité l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui mentionnait le "rôle positif" de la colonisation, ainsi que l'abrogation par décret du 15 février 2006 de cet article très contesté — y compris par le Président de la République Jacques Chirac --, il a estimé que le Petit Robert "ne peut pas faire moins" que de retirer le dictionnaire de la vente. Pour lui, "il n'est pas possible que l'on continue à instiller que la colonisation a pu avoir un rôle positif".

Le Cran a souligné que les autres dictionnaires, comme par exemple Le Larousse, donnent des définitions plus factuelles qui n'utilisent pas de termes comme "mise en valeur". L'association a contacté Alain Rey, responsable de la publication du Petit Robert, pour exiger le retrait de la vente des 170.000 exemplaires de l'édition 2007. Les précédentes éditions de 1993 et 2003 comportent les mêmes définitions mais le Cran, fondé en 2005, ne conteste que la cuvée 2007, totalement refondue à l'occasion du 40eme anniversaire du dictionnaire. Il souhaite également que soit mis en place "un groupe de travail qui proposera des définitions acceptables par tous" sur ces deux mots extrêmement sensibles mais la maison d'édition ne semble pas ouverte à la proposition. Elle a répondu que "Les définitions des lexicographes et linguistes professionnels d'une maison d'édition indépendante ne sauraient en aucun cas être dictées par de quelconques groupes de pression."

L'un de ses concurrents, Le Nouveau Littré (éditions Garnier) a cependant bien du se plier il y a quelque mois aux dictats des groupes de pression communautaristes. Il a dû être retiré de la vente et mis au pilon, ce qui a coûté très cher à la maison d'édition, à la suite d'une protestation du MRAP. A la définition de "Juif" il donnait: "Juif, ive s. m. et s. f. (...) Etre riche comme un juif, être fort riche. Fig. et famil. Celui qui prête à usure ou qui vend exorbitamment cher, et en général quiconque cherche à gagner de l'argent avec âpreté."

Pour Patrick Lozès, "le rôle du Cran n'est pas d'être une police de la pensée" mais il lui revient d'empêcher que les dictionnaires "continuent de faire croire aux bienfaits de la colonisation".

Le Mrap (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) s'est associé à l'action du Cran. Il dénonce dans un communiqué "cette nouvelle tentative de réhabilitation et de glorification du colonialisme" et appelle également au "retrait pur et simple" du dictionnaire. En cette période de rentrée des classes, l'association incite même au boycott en appelant les "gens qui ont le choix de ne pas acheter le Petit Robert".

Le Cran, Conseil Représentatif des Associations Noires, a été fondé le 26 novembre 2005 pour représenter et défendre les droits des communautés noires françaises, un peu sur le modèle du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France). Sans orientation politique, il fédère plus de 120 associations dont l'objectif est de lutter contre le racisme anti-noir et de valoriser les cultures afro-antillaises. Il est actuellement présidé par Patrick Lozès, responsable du Centre d'Action pour la Promotion de la Diversité en France (CAPDIV) et membre de l'UDF. Parmi les membres fondateurs, on trouve entre autres Stéphane Pocrain, ex-porte-parole des Verts, le chanteur Manu Dibango, l'ancien président de SOS Racisme Fodé Sylla et la journaliste Eugénie Diecky.