Bibliothèques du Liban
Bibliothèques du Liban

Le bombardement sauvage des infrastructures libanaises par Israël a anéanti le réseau de lecture publique du Liban, détruisant la moitié des bibliothèques et un tiers des maisons d'édition du pays, selon les dernières informations fournies par le collectif franco-libanais de bibliothécaires Bibliban. L'ampleur des dégâts, non seulement sur le plan matériel et économique, mais aussi au niveau social, éducatif, culturel, humain et psychologique, est énorme dans ce secteur très dynamique qui réflétait le rayonnement culturel du Pays du Cèdre.

4 bibliothèques publiques ont été directement bombardées, et sur les 70 en activité avant l'agression israélienne, 33 ont dû fermer leurs portes, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le Sud Liban. Il en va de même pour les bibliothèques scolaires et universitaires ainsi que pour les centres culturels et de documentation et même les écoles, détruites, abandonnées ou transformées par nécessité en refuges pour la population. La Bibliothèque Nationale du Liban, qui avait déjà subi les ravages de la précédente guerre et qui venait tout juste de voir aboutir son projet de réhabilitation avec l'aide financière du Qatar et de la Communauté européenne, se retrouve également mise en péril.

Coté édition, la dévastation opérée par Israël est toute aussi éloquente. Sur les 150 maisons d'édition actives, 90 avaient leur siège dans la banlieue sud, notamment dans les quartiers qui ont été les plus touchés par les bombardements. 35 entreprises ont vu leurs locaux administratifs, leurs imprimeries ou leurs entrepôts complètement détruits. Le président du syndicat des éditeurs estime les pertes à plus de 75 millions de dollars. Le livre et l'imprimé représentent un secteur économique important et un marché de l'emploi non négligeable pour le Liban qui compte près de 150 éditeurs actifs (sur les 700 inscrits au syndicat), 700 imprimeries et 110 librairies. 7.500 titres étaient imprimés chaque année dont 2.700 nouveautés. C'est grâce au livre et la presse que le Liban parvenait à équilibrer sa balance commerciale dans les échanges de biens culturels.

Plus globalement, les autorités libanaises estiment les dégâts matériels infligés au pays en 34 jours d'offensive israélienne (du 10 juillet au 14 août), à 3,6 milliards de dollars. 5.000 victimes civiles ont été tuées ou blessées (dont plus d'un tiers d'enfants) et un million de personnes déplacées. Une conférence pour récolter en urgence des fonds nécessaires la reconstruction du Liban s'est ouverte jeudi 31 août à Stockholm. Les représentants de 49 pays et d'une dizaine d'organisations internationales y sont réunis dans le but de collecter une aide financière immédiate afin de relancer l'économie du pays, ce qui ne sera évidemment possible que si le gouvernement israélien lève le blocus qu'il continue toujours d'imposer au Liban, en violation de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU. La Commission Européenne vient d'annoncer pour sa part le déblocage d'une enveloppe de 42 millions d'euros, ce qui porte au total l'effort européen à 100 millions d'euros depuis le début de la guerre. Peu de chances toutefois de voir ces sommes investies dans le secteur culturel étant donné les besoins les plus urgents. Les fonds collectés à Stockholm serviront en priorité à des travaux de construction de préfabriqués pour les 30.000 familles sans abri, à la réparation des réseaux (routes, électricité, eau,..), au renforcement des forces de sécurité intérieure, au nettoyage des côtes souillées par la marée noire, et au déminage des bombes larguées par Tsahal sur tout le territoire.

Sur ce dernier sujet, le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des affaires humanitaires, Jan Egeland, vient d'accuser Israël d'avoir fait un usage "complètement immoral" de bombes à fragmentation. L'ONU a en effet trouvé à ce jour au Liban près de 100.000 bombes n'ayant pas explosé sur 390 sites différents. 90% de ces bombes, extrêmement dangereuses pour les civils, ont été larguées par l'armée israélienne en totale violation du droit international dans les villages et les champs au cours des toutes dernières heures du conflit, alors que l'adoption de la résolution onusienne sur le cessez-le-feu était imminente. Selon l'ONG Human Rights Watch, la contamination du Liban-sud par ces bombes sales de fabrication américaine est pire que celle constatée au Kosovo en 1999 et en Irak en 2003. Chaque jour, de nombreux libanais, notamment des enfants, sont mutilés, blessés ou tués par ces bombes à sous-munitions qui nécessiteront plusieurs années de déminage avant que le Liban en soit débarassé.