Michel Houellebecq
Michel Houellebecq

Titré Elementarteilchen en version originale, l'adaptation cinématographique par le réalisateur allemand Oskar Roehler du très controversé roman de Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, sort le 30 août dans une quinzaine de salles en France.

Michael (Christian Ulmen) et Bruno (Moritz Bleibtreu) sont deux demi-frères nés à la fin des années '50. Leur mère, hippie insouciante, n'a guère joué son rôle de mère. Devenus adultes, les deux personnages névrosés, pathétiques et paumés à souhait, sont tous deux chacun à leur manière obsédés par le sexe. Michael, introverti, ne vit que pour ses recherches en microbiologie sur le clonage et la reproduction moléculaire sans contact sexuel, tandis que Bruno, enseignant, s'abîme lui dans la dépravation et une quête désespérée du plaisir sexuel. Ils rencontrent toutefois l'amour, le premier avec son amie d'enfance, Annabelle (Franka Potente), et le second avec Christiane (Martina Gedeck), partenaire idéale de ses fantasmes. Les deux femmes, par un hasard cruel, tomberont gravement malades, et les deux frères doivent faire face à ces drames.

Le roman de Michel Houellebecq, sorti en librairie en 1998, se veut une critique sociale désenchantée. C'est un constat de la frustration affective et sexuelle de l'homme occidental contemporain. Publié chez Flammarion, il est rapidement devenu un best-seller en raison des polémiques qu'il a suscitées. Il s'en est vendu à ce jour plus de 500.000 exemplaires. Intelligemment construit par bonds chronologiques, il aborde sur un ton de désolation neurasthénique de nombreuses grandes questions philosophiques et morales sur notre société: libéralisme économique, permissivité sexuelle, émancipation des femmes, recherches scientifiques sur l'homme, orgie consumériste, atomisation sociale, etc. Noir, amer, provocateur, désespéré, il n'en reste pas moins plein d'auto-dérision, d'ironie et même de tendresse, laissant parfois apparaître un peu de ce qui reste encore de l'humanité.

Le film est lui beaucoup plus timide et pudique que le roman. Le scénario reprend en partie l'histoire mais dans une autre structure narrative et se révèle au final beaucoup moins pessimiste et cynique que l'original. Il souffre jusqu'à la trahison d'une "sagesse" précautionneuse imposée par le producteur Bernd Eichinger qui a investi 6 millions d'euros dans le film. Oskar Roehler explique qu'il ne voulait ni "reprendre la morale de Houellebecq", ni restituer "l'épilogue complètement fataliste" du roman dont le "caractère pornographique n'était pas possible à l'écran", ce qui provoque une certaine prise de distance méprisante de la part de Michel Houellebecq.

Oskar Roehler, réalisateur notamment de L'Insaisissable et de Une famille allemande, s'en sort grâce à des épisodes tragi-comiques qui relèvent de l'humour noir (la mort du perroquet, la grand-mère ébouillantée par sa soupe, l'handicapée qui se suicide en se jetant du haut de son HLM, des scènes de partouzes gratinées ou celle, féroce, sur les moeurs éditoriales mettant en cause Philippe Sollers,...), et à une bonne distribution qui voit la présence de quatre excellents acteurs de la nouvelle génération très à la mode en ce moment en Allemagne. Le film a déjà séduit les spectateurs d'Outre-Rhin avec quelque 400.000 entrées à son actif. Il a également valu au comédien Moritz Bleibtreu l'Ours d'argent du Meilleur acteur lors du Festival de Berlin en février dernier. D'une façon générale, toute l'oeuvre de Houellebecq est bien accueillie en Allemagne où elle connaît un succès beaucoup plus éclatant qu'en France et génère de nombreux débats, études critiques et travaux universitaires. Le film de Roehler bénéficie sans doute de cet effet d'entraînement.

Michel Houellebecq ne cache pas qu'il souhaitait voir les Particules élémentaires réalisé par le français Philippe Harel (réalisateur en 1999 d'Extension du domaine de la lutte, film auquel il avait collaboré en tant que scénariste), avec José Garcia dans le rôle principal. Il ne s'est pas privé de livrer dans son journal autobiographique en ligne intitulé Mourir, des "souvenirs fragmentaires" sur les problèmes et péripéties liés à l'interminable négociation des droits entre lui-même, son agent François Samuelson et les producteurs allemands Bernd Eichinger et Oliver Berben. Il y avoue être "interloqué" par la façon dont le film s'est finalement fait et indique être un peu "dépité et amer". De son côté, le cinéaste allemand a confié à la presse qu'il ne lui avait montré le film qu'une fois terminé.

Michel Houellebecq, également en conflit larvé avec son éditeur Fayard — maison d'édition filiale du groupe Hachette d'Arnaud Lagardère qui devait financer la production au cinéma de La Possibilité d'une île, son dernier livre lancé en Eurovision lors de la rentrée littéraire 2005 — a annoncé qu'il s'attellerait lui-même à l'adaptation de ce roman.

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Oskar Roehler, Les Particules élémentaires.