Attac
Attac

La septième université d'été de l'association altermondialiste Attac se tient à Poitiers (Vienne) du 25 au 29 août. Le thème de la rencontre tourne autour des prochaines échéances électorales françaises, notamment la présidentielle de 2007, dans la perspective d'en faire un moment de débat public sur les ruptures avec les politiques néolibérales, un peu à l'instar de celui qui a lieu en France en 2005 lors du référendum sur la Constitution européenne, où Attac avait joué un rôle moteur en faveur du Non. Quelque 500 personnes sont réunies pour discuter dans 70 ateliers des grandes questions d'avenir concernant l'Europe, la protection sociale, le libre-échange, la démocratie, etc. L'objectif à terme est la rédaction d'un Manifeste des alternatives dont le contenu pourra être comparé aux programmes des candidats présidentiels en matière de néolibéralisme et de mondialisation. Parmi les personnalités politiques, on note la venue de Ségolène Royal, mais "les raisons de sa présence n'ont aucune signification particulière. Elle intervient en qualité d'hôte au titre de présidente de la Région Poitou-Charentes", a expliqué Bernard Cassen, président d'honneur d'Attac, rappelant que l'association ne soutiendra aucune candidature pour l'élection présidentielle de 2007. La candidate à la candidature socialiste y a discouru vendredi 25 août sur la mise en place d'une démocratie participative dans sa région, son opposition aux OGM et son refus du Contrat Nouvelles Embauches (CNE).

Attac est confrontée à une sérieuse crise interne depuis l'assemblée générale de juin dernier qui a vu la réélection de Jacques Nikonoff, président de l'association depuis 2002. Son Conseil d'administration a décidé de démissionner vendredi 25 août, selon une motion votée à l'unanimité de ses membres, suite aux conclusions d'un rapport d'expert qui confirme des fraudes lors de l'élection de juin 2006. Les opposants à l'auteur de La comédie des fonds de pension, en particulier le syndicaliste Pierre Khalfa et l'économiste Susan George, qui ont les premiers parlé de fraude électorale et réclamé de nouvelles élections, font feu de tout bois pour alimenter la polémique et la division entre les membres de l'association. Choisissant l'affrontement direct par voie médiatique, ils n'ont pas hésité à mobiliser certains titres de presse comme Libération, Le Figaro ou encore Le Monde, connus désormais pour leur orientation néolibérale. Ces derniers n'en demandaient pas tant pour torpiller, avec cette trop belle "affaire" de fraude électorale interne, l'association qui réclame toujours plus de démocratie et de transparence dans la vie politique.

Opposants et journalistes mettent en avant les "anomalies statistiques" relevées dans le dépouillement des bulletins de votes lors de l'élection du Conseil d'Administration du mois de juin. Celles-ci sont pointées dans un rapport indépendant réalisé par René Passet, président d'honneur du Conseil scientifique d'Attac, qui parle de "manipulation" ayant "faussé le résultat des élections". Dans un communiqué, la direction d'Attac avait commencé à se défendre en indiquant que ce document qui sort opportunément dans la presse à la veille de l'université d'été n'avait rien d'un scoop. Elle dénonçait surtout l'opération de désinformation et estimait "navrant que l'un des membres du conseil d'administration ait suscité l'attaque (de Libération) avec l'intention de pratiquer un détournement de l'Université d'été".

Jacques Nikonoff reconnaît un "contentieux" sur le sujet et a accepté le principe de nouvelles élections qui auront lieu le 08 décembre prochain, mais il pense que le problème est en partie dû à la "déception de certains" candidats malheureux. Pour lui, la principale pomme de discorde réside dans les orientations d'Attac, la direction actuelle souhaitant la propulser dans le champ politique alors qu'une partie des militants, composée notamment d'anciens membres fondateurs, craint qu'elle se transforme en parti politique traditionnel. Pour Bernard Cassen, qui a présidé l'association de 1998 à 2002, il est temps aujourd'hui pour Attac "de s'émanciper de ses fondateurs" et de ne plus être "la greffière des positions des organisations" à l'origine de sa création. Il constate qu'Attac est affectée par tous ces problèmes mais que "sa raison d'être demeure intacte".

Attac (Association pour la Taxation des Transactions pour l'Aide aux Citoyens) est une organisation altermondialiste, sous statut d'Association d'Éducation Populaire, active aujourd'hui dans 55 pays. Elle a été fondée en France en juin 1998, sur l'iniative d'Ignacio Ramonet (alors directeur du journal Le Monde diplomatique et aujourd'hui Président d'honneur), par un ensemble d'organisations, syndicats, associations, journaux et personnalités (Confédération paysanne, Artisans du Monde, Confédération des SCOP, AC!, le MRAP, Clubs Unesco, UNEF, José Bové, Manu Chao, Gisèle Halimi, Daniel Mermet, Viviane Forrester, René Dumont, Syndicat de la Magistrature, l'Union syndicale Solidaires, CFDT des Transports, CGT Finances, FSU, SUD PTT, Le Monde diplomatique, Alternatives Economiques, Politis, etc...).

L'objectif initial d'Attac était d'introduire une taxe sur les spéculations financières, dite Taxe Tobin, dont le produit servirait à financer des projets de développement écologique et social. Progressivement, l'association a élargi son champ d'intervention à une lutte contre le néolibéralisme et le capitalisme sauvage. Elle ne s'oppose pas à la mondialisation économique mais privilégie des politiques économiques alternatives qui soient plus respectueuses des aspects humains, sociaux et environnementaux que l'utra-libéralisme.

Attac est dirigée par un Conseil d'Administration, élu pour 3 ans, qui compte 18 représentants du Collège des fondateurs et 12 représentants des quelque 30.000 adhérents directs. Beaucoup d'adhérents et sympatisants semblent issus des milieux enseignants. Elle fonctionne selon un principe décentralisé d'associations locales de base qui élaborent des documents soumis ensuite à une synthèse et à un vote de l'ensemble des adhérents.

Attac a joué un rôle important en 2005 lorsqu'elle a appelé à voter Non au Traité de Constitution Européenne qu'elle jugeait trop libéral. Elle compte depuis de nombreux ennemis, notamment dans les médias conservateurs de droite et de gauche partisans du libéralisme — c'est-à-dire une grande majorité de la presse française — qui lui reproche son "extrêmisme", son "radicalisme",... et aussi sa critique des médias.