Dominique Aury / Pauline Réage
Dominique Aury / Pauline Réage

On a beaucoup cherché qui était le véritable auteur du petit chef d'oeuvre de littérature érotique intitulé Histoire d'O, publié en 1954 chez le jeune éditeur Jean-Jacques Pauvert sous la signature de Pauline Réage. On a avancé les noms de Raymond Queneau, Alain Robbe-Grillet, André Breton, et surtout Jean Paulhan, qui l'avait préfacé, mais ce n'est qu'en 1994, longtemps après le scandale, que l'auteur s'est dévoilé en confiant le secret à un journaliste du magazine américain The New Yorker. Il s'agissait d'une femme de lettres très respectable et respectée, Dominique Aury (1907-1998), ce dont on commençait à se douter.

De son vrai nom Anne Desclos, Dominique Aury (1907-1998), était en 1954 Secrétaire générale de la Nouvelle Revue Française (Nrf). La presque quinquagénaire et très distinguée traductrice d'anglais (Francis Scott Fitzgerald, Evelyn Waugh,..), auteur en 1943 d'une Anthologie de la poésie religieuse française, influente critique littéraire, juré de plusieurs grands prix et membre du comité de lecture de Gallimard était alors amoureuse comme une midinette de l'éditeur et écrivain académicien Jean Paulhan. C'est pour lui plaire et lui montrer qu'elle pouvait aussi écrire des histoires comme il aimait qu'elle écrivit, en trois mois, dans une langue très élégante, ce fin roman sado-masochiste qui raconte les aventures de la belle O, soumise jusqu'à la mort au désirs capricieux de son amant.

D'abord destiné à titre privé à Paulhan, ce dernier décida de publierHistoire d'O. Par goût du secret, Dominique Aury choisit alors un pseudonyme: Pauline, en référence à Pauline Borghèse et Pauline Roland, et Réage en souvenir d'un village de Seine-et-Marne. Le livre commença à circuler sous le manteau puis au grand jour, finissant par obtenir le Prix des Deux Magots, ce qui ne manqua pas de déclencher l'ire des écrivains puritains de l'époque, de François Mauriac à Pierre de Boisdeffre. Des poursuites pour outrage aux bonnes moeurs furent engagées et la censure se manifesta. Le livre écopa d'une triple interdiction de vente aux mineurs, d'affichage et de publicité qui ne fût levée qu'en 1975, l'année même où le cinéaste Just Jaeckin en réalisa une adaptation pour le grand écran. Au même moment, Jean-Jacques Servan-Schreiber, enthousiasmé par le roman, décida d'en publier des extraits dans L'Express, provoquant du coup une intense polémique avec les femmes du MLF. Un peu plus tard, Régine Deforges publia chez Pauvert un petit livre d'entretien, O m'a dit, avec la mystérieuse Pauline Réage. Au fil des années, le sulfureux livre de Dominique Aury / Pauline Réage devint finalement un best-seller vendu aujourd'hui à plus d'un million d'exemplaires. En 2006, son manuscrit a été adjugé aux enchères chez Christie's pour la somme de 102.000 euros.