Troubadours
Troubadours

§ La réponse positive et concrète est en un sens simple: ce qui nous reste des Trobadors (sous réserve de nouvelles découvertes assez improbables dans les fonds d'archives), c'est 95 chansonniers manuscrits copiés sur parchemin ou sur papier, contenant 2542 compositions lyriques et poétiques en langue d'oc (ou lemozi, ou clara lengua romana, vulgaire illustre, première langue littéraire et véhiculaire non-latine de l'Europe) attribuées de façon variée et parfois contradictoire à quelques 350 auteurs-poètes-compositeurs de nom connu, plus quelques anonymes, ce qui se compare déjà assez favorablement, ne serait-ce que du seul point de vue quantitatif, avec la plupart des mouvements littéraires et poétiques de l'histoire culturelle européenne, surtout lorsque l'on sait qu'il ne s'agit là effectivement que d'un reste, d'un reliquat, d'une série de collections de reliques textuels et musicales conservées presque par hasard, en tout cas de façon à l'origine non-nationale et non-étatique, et dont beaucoup a dû par conséquent être perdu.

§ Ainsi, dès le début, cette question s'est posée (les Trobadors se la posent souvent déjà eux-mêmes dans leurs chansons). Cette littérature, qui n'en est pas exactement une, sauf dans l'après-coup, se caractérise dès le départ par le fait de sentir le souffre, de défendre des valeurs, un enseignement et un style de vie ressentis comme fragiles, menacés, hétérodoxes.

§ Cela s'accentue à cause de la nature post-traumatique et diasporique de sa transmission historique. Ce qui nous en est parvenu, nous l'avons dit, est pour des raisons historiques toujours déjà un reste, à l'état plus ou moins fragmentaire, plus ou moins transposé, ailleurs et plus tard, dans l'après-coup d'un désastre culturel et politique — à savoir, la Croisade contre le Midi et ses nombreuses retombées — par des mains de copistes dont, malgré toute l'ingénuité des érudits, nous ne savons pas grand chose, pour des commanditaires dont nous ne pouvons en général que supputer les motivations. Quand j'utilise le terme diasporique, ce n'est pas une vague figure de style: au treizième siècle, sept sur dix des chansonniers survivants étaient de main de copiste italien, deux seulement provençal ou languedocien; au quatorzième, ce rapport s'élève à douze copies italiennes sur vingt et un, avec sept languedociennes et provençales, et deux catalanes; pour les quinzième et seizième siècles, nous en avons encore onze italiennes, quatre catalanes et seulement une de main languedocienne ou provençale. Même aujourd'hui, de loin la meilleure anthologie générale est catalane (celle de Martin de Riquer).

§ Donc, ce qui reste des Trobadors, c'est dès le départ ce reste, cette survivance d'un naufrage politique et civilisationnel. Mais c'est un très beau reste, qui va très bien, notamment grâce aux armées d'érudits hautement qualifiés et dévoués, dans de très nombreux pays, principalement, mais non pas exclusivement, il faut le dire, hors de France, qui depuis un siècle et demi se sont occupés de lui à l'époque moderne. On pourrait même dire que, à l'instar des découvertes de l'égyptologie, ce reste a connu peu à peu depuis cent cinquante ans une véritable résurrection, un continuel regain de vie. Il est même devenu une des sources majeures de référence pour la littérature universelle, trouvant enfin sa place légitime au sein de la modernité (que serait, par exemple, une oeuvre aussi importante pour le XXe siècle que les Cantos d'Ezra Pound sans la référence constante aux Trobadors?). Et c'est sans parler des gloses et des commentaires plus ou moins savants, plus ou moins déformants, de Denis de Rougemont à Jean-Charles Huchet, dont plusieurs sont devenus non seulement des succès de librairie, mais des références incontournables de la "vulgate" culturelle de notre temps. Ce beau reste se porte donc très bien, merci. L'Association Internationale des Etudes Occitanes (AIEO), par exemple, compte des centaines de membres de tous les pays du monde (principalement Allemagne, Italie, Espagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Brésil, Japon, et aussi bien sûr, la France et l'Occitanie) et ses colloques pléniers pleins à craquer durent une bonne semaine. C'est peut-être un reste, mais il est désormais universel et aussi immortel que l'on puisse l'être (pouvons-nous en dire autant?).

§ Ainsi la question pourrait fort bien se poser autrement, et même à l'inverse, notamment ici en Occitanie putative: sans les Trobadors, que resterait-il de nous? Cela vous paraîtra peut-être une façon curieuse, vraiment surprenante de traiter la question, c'est-à-dire en la retournant.

§ On me dira peut-être: que peut apporter aujourd'hui une culture littéraire et musicale certes ancienne et prestigieuse peut-être pour des raisons de propagande micro-nationaliste, mais en soi, vue de France, où l'on préfère nettement Claude François ou Michel Berger à Peire Vidal, minoritaire et marginale, pré-moderne au possible, voire à gauche suspecte d'élitisme anti-républicain, anti-égalitaire, ou de relents d'un raffinement aristocratique peu propices à la révolution, y compris régionaliste (laquelle, comme chacun le sait, sera Guévariste, machiste et sentira le bon sable chaud, ou ne sera pas)? Car s'il est vrai que les Trobadors se portent très bien dans le monde de l'érudition universitaire et se pavoisent sur le Parnasse en référence incontournable de la littérature moderne depuis Stendhal au moins, dans la culture quotidienne, dans notre vie vivante de tous les jours et de toutes les nuits, me diriez-vous, où sont-ils? D'ailleurs, me demanderiez-vous peut-être aussi: à l'heure du formatage universel par people interposé, de la stéréotypie publicitaire de masse et de la dictature mondial des trois S, y -a-t-il, peut-on seulement imaginer qu'il y ait encore, une actualité des Trobadors?

§ Tout d'abord, qu'est-ce qu'ils ont de si particulier, de si important, nos Trobadors? D'accord, nous devons, nous avons tout intérêt à réagir face à la tyrannie de l'immédiat et du marché totalitaire en nous cultivant, même et surtout en nous frottant parfois péniblement tout d'abord à des choses inactuelles, anachroniques, à première vue ardues, difficiles à entendre, ingrates... mais que peuvent les Trobadors nous apporter de plus — ou d'autre — que la musique baroque, le latin et le grec, la peinture impressionniste ou le tai'chi?

§ Sans tomber dans ce que Jacques Roubaud dans un de ses livres appelle "la maladie explicative", je voudrais si besoin est apporter ici six ou sept razos, arguments aussi succincts et bien envoyés que possibles, pour aller contre le courant, dans le sens contraire des stéréotypes et des idées reçues.

§ Rassurez-vous, même à leur époque, les Trobadors avaient l'impression d'aller contre le courant et même contre le monde. Un des plus grands d'entre eux n'a-t-il pas écrit, en tornada, ou signature orale d'une de ces cansos:

    Ieu sui Arnautz qu'amas l'aura

    E chatz lou lebre ab lou bou

    E nadi contra suberna

    Je suis Arnaud qui emprisonne le vent (ce qui veut dire aussi: "qui aime Laure, oui, bien avant Pétrarque"!)

    Et chasse le lièvre avec le boeuf

    Et nage contre le courant

§ Tout d'abord, les Trobadors ne sont ni anachroniques, ni passéistes, ni poussiéreux, ils sont très largement de retour (depuis cent cinquante ans au moins, mais surtout en termes de culture publique depuis les années soixante et soixante-dix du XXe siècle). Ils ne sont pas seulement de retour dans (et grâce à) la philologie universitaire, mais

dans la littérature moderne (même d'avant garde, Pound, mais aussi en France l'Oulipo, avec Queneau, Perec et Jacques Roubaud, sans parler d'exemples plus récents). De son côté, Philippe Sollers, qu'on ne peut pas suspecter de les avoir lus, en parle souvent.

dans l'histoire médiévale (ou les textes "littéraires" jouent de plus en plus un rôle documentaire pour l'étude des mentalités). Bien sûr, il y a Georges Duby, qui a développé à leur sujet des idées un peu dogmatiques, sans doute réductrices, notamment à propos du rôle des femmes, à partir de la lecture de deux ou trois chansons de Guillaume de Poitiers; mais il y en a d'autres, comme Martin Aurell ou Claudie Amado-Duhamel, qui vont beaucoup plus loin. Et il y a, bien sûr, plus près de chez nous, Robert Lafont ou Philippe Martel. Tout cela fait un très riche champ d'interdisciplinarité, et de débat public.

dans la psychanalyse (où plusieurs psychanalystes importants, dont Jacques Lacan lui-même, mais aussi François Perrier et Henri Rey-Flaud, ayant opéré une révolution copernicienne par rapport à ce qu'en dit Freud, les ont placés au centre de leur réflexion). On pourrait même dire que, à partir de Lacan (qui lui-même est parti du Surréalisme), la psychanalyse a voulu revêtir de leur prestige spirituel, de leur mystère, leur voler quelque chose de leur feu.

en sociologie (on peut considérer, par exemple, qu'Anthony Giddens, dans son livre la Transformation de l'Intimité, avec l'idée du "pur amour" à l'époque de la globalisation, ou Francesco Alberoni, dans son Innamoramento e Amore, développant l'idée de la "sexualité extraordinaire" et de l'amour comme mouvement social à deux, y font référence au moins implicitement).

en philosophie (Deleuze et Guattari, par exemple, leur consacre un développement dans leur grand livre Mille Plateaux)

en musicologie (les liens établis avec la musique modale, les musiques extra-européennes), en interprétation de la musique ancienne (le Studio der Frühenmusik de Thomas Binkley, Jordi Savall avec Hesperion XX), dans la chanson occitane (engagée ou non, à commencer par Montjoia et Jean-Marie Carlotti), dans le rap et le trobarmuffin de groupes musicaux très populaires qui en ont repris le flambeau (notamment les Massilia Sound System, les Fabulous Trobadors). Il est certain que les Trobadors ont été les rappeurs et les slameurs, plutôt que les Mallarmé, de leur temps — encore que ce n'est pas tout à fait vrai, puisque que, en fait, ils arrivent à être tout cela à la fois, ce qu'il nous reste à égaler!

au cinéma (très notamment avec Éloge de l'Amour, de Jean-Luc Godard, qui refait l'air de rien le lien souterrain entre la redécouverte littéraire et poétique de la culture occitane et surtout des Trobadors dans les années quarante — Louis Aragon avec ses Yeux d'Elsa, bien sûr, mais aussi, autour des Cahiers du Sud et de l'IEO, des gens comme Tristan Tzara, Jean Cassou et Simone Veil — et les années de résistance et de repli sur la zone libre.

Et j'en oublie. Mais depuis les quarante et quelques années que je suis dans la région, j'ai aussi surtout eu la surprise et sans doute le privilège de voir les Trobadors commencer à redevenir un objet de culture publique, voire une ressource et un enjeu politiques.

Tout cela fait que nous sommes loin, très loin désormais de l'image d'Epinal du pleutre au chapeau à la plume d'autruche et au manteau troué promue par un certain romantisme libéral, bientôt nationaliste, avant de devenir réactionnaire, et d'être récupéré par Gounod et le Félibrige. Cependant le grand problème chez la plupart des auteurs et acteurs modernes qui y font référence désormais demeure que, ne les ayant pas lus eux-mêmes dans le texte, ils se contentent le plus souvent du filtre déformant de commentateurs et de leurs gloses plus ou moins moralisantes, tels que Denis de Rougemont, Henri-Irénée Marrou ou René Nelli.

§ Pour conclure, je vais donc tenter de cerner de façon aussi incisive que possible quelques points essentiels de l'apport contemporain de ce reste, c'est-à-dire qui font que je crois personnellement que les Trobadors ne sont en définitive pas près de perdre de leur actualité:

§ En termes de poésie contemporaine (oui, cela existe, je vous l'assure!), ils ont fourni aux mouvements néo-formalistes comme l'Oulipo, mais aussi à bien d'autres à leur suite, une sorte de filiation décrochée de la tradition classique, en même temps qu'un dépassement de l'impasse du Surréalisme finissant, en faisant le pont avec le modernisme anglo-saxon (Eliot, Pound etc.). En poésie contemporaine, depuis assez longtemps, les Trobadors sont un buzz-word, ils sont in. Plus sérieusement, ils ont en définitive contribué au renouveau de la poésie contemporaine en France, et le processus n'est sans doute pas à son terme.

§ En anthropologie sexuelle, ils ont apporté de l'eau au moulin des arguments de ceux qui, comme Herbert Marcuse, à la suite de l'École de Francfort, ont dénoncé dès les années soixante de façon prophétique la généralisation de la désublimation sexuelle dans la société de consommation capitaliste "avancée" en tant que masque d'une répression et d'un contrôle social accrus. En effet, selon cette théorie, un être auquel on interdit de sublimer ou de "symboliser" ses pulsions ne peut pas se structurer comme sujet, et ainsi ne dispose ni des moyens de sa propre liberté, ni même du moyen de jouir. Advenir en tant que sujet suppose l'intersubjectivité structurante, même dans la difficulté et la perte, mais surtout dans la parole et l'intertextualité, ce qui est précisément le propos de la fin'amors des Trobadors, et c'est là où sans doute elle trouve en partie légitiment un terrain commun avec la psychanalyse. La terminologie spécifique de la fin'amors pour dire que l'on aime, s'entender en, signifiant littéralement "être d'intelligence avec", ou "se reconnaître dans", en dit long à ce sujet. Ne prétendons donc pas que la lecture des Trobadors peut guérir l'éjaculation précoce dans tous les cas, mais ils ouvrent néanmoins la voie à une conception à la fois plus sophistiquée et plus libre de la sexualité que renieront ni la psychanalyse ni une philosophie politique responsable.

§ On peut ainsi dire sans trop avoir peur de se tromper que les Trobadors, c'est "l'anti-tourisme sexuel", dans le sens où leur éthique amoureuse, qui mêle vie privée et vie publique par la force des choses, mais aussi volontairement, est empreinte jusqu'à l'obsession par l'idée de réciprocité, d'égalité entre partenaires, alors que le tourisme sexuel fait semblant d'ignorer qu'il est fondé essentiellement sur l'immense injustice de l'inégalité de l'échange sexuel nord-sud. C'est ainsi un discours amoureux à la fois publique et privé, qui met l'accent sur la réciprocité et la récompense du seul mérite dans le domaine de l'intime, pour mieux les instaurer comme par réfraction dans le domaine publique de la cour et du pouvoir. Ainsi, on peut aujourd'hui détacher la cortesia de son enfermement dans l'idéologie aristocratique, pour aller vers l'idée d'un affranchissement du sujet politique dans le jeu égalisant de la parole d'amour véritable.

§ L'irruption du féminisme et de la politique sexuelle sur la scène publique depuis les années soixante et soixante dix du siècle dernier n'est pas fait non plus pour nous faire oublier les Trobadors. Même si un immense combat d'arrière-garde a été mené un temps dans les grandes instances du savoir officiel français — Collège de France, universités, etc. — pour discréditer ou minoriser jusqu'à l'existence même et le rôle de parti-prenant des femmes dans le jeu de la cortesia et de la fin'amors, d'autres travaux plus récents, souvent d'origine étrangère (Allemagne, Etats-Unis), ont critiqué les attendus idéologiques implicites de tels pronunciamentos, et cherché patiemment à remettre les questions de genre en lice. En effet, je suis convaincu que les Trobadors écrivaient dans et en même temps contre la guerre des sexes et que, une fois qu'on aura abandonné le modèle un peu dogmatique de la "superstructure-comme-reflet-de-l'infrastructure" qui n'ose pas dire son nom, on pourra reconnaître que le discours amoureux des Trobadors est intentionnellement politique et juridique, et que lorsqu'il parle d'amour, il parle de questions de pouvoir et de droit, ainsi que l'inverse, et que c'est là toute une stratégie rhétorique de dé-hiérarchisation et de disqualification-requalification du pouvoir. Ainsi, avec les Trobadors et les Trobaïritz, leurs plaintes réciproques et leurs tensons, on devra enfin admettre que les dames des Trobadors ont bien été le plus souvent des femmes réelles, et pas de simples puellae scripta, et que, bien que sans doute diversement, leur présence est un facteur déterminant du jeu libre de la fin'amors et de la canso en langue vulgaire qu'il induit.

§ Dans le domaine de la création formelle et poétique, les Trobadors ont le mérite, pour nous salutaire, de mêler également discours publique et discours privé, domaine politique et sphère intime. Ainsi leur canso, leurs grands chants de lyrique amoureuse, sont de façon un peu étonnante pour nous, des actes de poésie publique et souvent même par moments clairement politiques, tandis que leurs serventes essentiellement politiques n'excluent nullement la référence à l'intime et l'amoureux. Ainsi, ils font toujours de la poésie un acte publique, un art publique et politique, tandis que chez nous, de nos jours, dans la poésie contemporaine, même la poésie d'avant-garde et formaliste tend à se cantonner dans le genre confidentiel et intime, quand cela ne descend pas, dans ses formes dérivées, jusqu'à la minorisation d'un sous-ensemble du secteur socio-culturel. En tout cas, je sais maintenant qu'ils ont tout au long des années modifié ma propre façon d'écrire dans ce sens, notamment grâce à l'utilisation d'Internet, qui lui aussi est un réseau de réseau en expansion continuelle.

§ Une dernière piste: le mot Trobador viendrait du verbe trobar, "trouver", du latin invenire, inventio, désignant ainsi par un terme technique de l'ancienne rhétorique l'art étonnamment virtuose de création verbale et musicale de ces premiers auteurs en langue non-latine de l'Europe moderne. Ils s'appelaient ainsi sans doute aussi pour se distinguer des "paraphraseurs", à une époque où la fonction de la poésie était effectivement restreinte jusqu'à n'être plus qu'une des formes de l'exercice de la paraphrase, et où le titre même de "poète", réintroduit ensuite à la Renaissance, avait disparu. En tout cas, on peut dire que les Trobadors ont été de vrais "inventeurs", non seulement des formes souvent complexes et contraignantes de leurs cansos, dont chacune devait être unique par sa "formule" — mélodie, schéma de rimes, métrique et structure strophique — mais aussi de grands "inventeurs" d'institutions, de formes intermédiaires et parallèles de la vie sexuelle et sociale. Ce qu'ils appellent la fin'amors et qu'un savant du siècle dernier, Gaston Paris, a décidé de son côté de baptiser "l'amour courtois", est en effet une véritable institution poétique, mais aussi sexuelle. Elle ne dépend ni du Prêtre, ni du Juge. Dans ce sens, on peut dire que la fin'amors est instituante, le premier maillon irréductible et imprescriptible de toute société civile — l'embryon d'une société civile à deux. A une époque où on parle beaucoup du sexe, mais où nous sommes semble-t-il de plus en plus pauvres en institutions sexuelles fonctionnelles, et où tout tourne autour d'une ou deux d'entre elles de façon obsédante et politiquement souvent dramatique, il serait peut-être une bonne idée de nous inspirer de leur esprit d'inventio. Nous aussi avons besoin de formes intermédiaires et parallèles de la vie sociale et sexuelle qui nous engagent et nous élèvent, sans nous emprisonner. Nous aussi avons besoin de liens intersubjectifs et symboliques forts qui nous rendront plus libres. C'est selon moi encore une direction actuelle de pensée et de vie où les Trobadors, ou ce qu'il en reste, peuvent nous accompagner, si nous savons les entendre, c'est-à-dire, apprendre à les écouter et à les lire autant que possible en dehors des a priori et des stéréotypes. Sinon, je ne donne pas du tout cher bientôt de ce qu'il restera de nous autres...

Arles, Cours de l'Archevêché, 18 Juin 2006