Bibliothèque Microsoft
Bibliothèque Microsoft

A l'instar de Google, mais un an après, Microsoft se lance aussi à grande échelle dans la numérisation, l'indexation et la recherche de livres sur internet en multipliant les partenariats avec les bibliothèques et les éditeurs.

Peu après avoir lancé ses services Windows Live Book Search et Windows Live Book Search Publisher Program, la multinationale américaine vient d'annoncer deux partenariats majeurs pour sa future bibliothèque numérique. L'un avec l'Université de Californie (UCLA) qui regroupe le plus vaste ensemble de bibliothèques universitaires du monde et compte quelque 34 millions de livres à son catalogue, l'autre avec l'Université de Toronto (Canada) qui rassemble elle une collection de plus de 15 millions d'ouvrages. Soit au total près de 50 millions de titres. Comme Google également et tout aussi gratuitement, Microsoft ajoutera à cette gigantesque base de données tous les livres qui lui seront soumis via son programme spécifique ouvert aux éditeurs, dont elle numérisera et archivera en ligne les ouvrages.

A la différence de Google toutefois, la firme fondée par Bill Gates n'indique ni calendrier ni budget. Etant donné son retard et son inexpérience dans le secteur de la numérisation de livres, ainsi que ses moindres capacités et performances dans le domaine de la recherche sur internet où son moteur MSN Search est très loin d'égaler celui de ses concurrents Google et Yahoo!, il y a pour l'instant lieu de considérer cette annonce plus comme un simple effet de surenchère et de balisage de terrain — celui désormais très convoité des contenus du livre numérisé — que comme un projet réellement susceptible de concurrencer en l'état celui de Google.

Quant aux sacro-saints Droits d'auteur, dont les éditeurs et institutionnels du livre français se font depuis quelques temps les plus ardents défenseurs sous divers arguments plus fallacieux et réactionnaires les uns que les autres, Microsoft reste assez vague sur la question. La firme de Redmond indique vouloir collaborer avec l'Open Content Alliance (OCA), qui rassemble depuis octobre 2005 autour de Yahoo! une dizaine d'organisations et entreprises nord-américaines (dont les Universités de Californie et de Toronto) en vue de construire une grande bibliothèque numérique interopérable. Le programme ne semble viser pour l'instant que quelques dizaines de milliers de titres, essentiellement des anciens ouvrages libres de droits ou sous licence Creative Commons. L'initiative semble en apparence louable mais, en prétendant vouloir respecter toutes les règles du Droit d'auteur à la française, c'est-à-dire en ne numérisant que les ouvrages dont tous les ayant-droits auront auparavant formellement donné leur accord — c'est le principe de l'opt-in défendu par les éditeurs français contre celui de l'opt-out (Qui ne dit mot consent) utilisé par Google — le public ne doit pas attendre une grande bibliothèque numérique digne de ce nom mise en ligne avant plusieurs décennies.

L'association avec Microsoft pourrait permettre de faire avancer le projet de l'Open Content Alliance qui a le soutien des responsables politiques français comme Jean-Noël Jeanneney, Président de la Bibliothèque Nationale de France et farouche opposant à Google. Il serait cependant paradoxal et surtout extrêmement dangereux pour la culture et la langue française de favoriser ainsi par la bande une entreprise comme Microsoft en lui confiant les contenus du patrimoine français simplement pour contrecarrer les projets innovants de Google. La multinationale éditrice de Windows, tout aussi américaine — mais beaucoup plus nationaliste — que Google, s'est depuis le début de son existence illustrée comme la plus prédatrice dans le monde de l'informatique et de l'internet, n'ayant presque jamais innové mais toujours copié ses concurrents avant de les étouffer ensuite par son monopole sur les PC, son marketing arrogant et ses méthodes de concurrence déloyale. L'entreprise est particulièrement réputée en matière de crispation sur ses formats propriétaires, ce qui rend cocasses les promesses d'interopérabilité, ainsi qu'en matière de marchandisation excessive de services et de technologies de piètre qualité, ce qui en fait probalement l'entreprise la moins apte à gérer des travaux de numérisation et de diffusion de contenus culturels numériques dans des perpectives éthiques de respect du Droit d'auteur et d'accès facile et gratuit pour le public.