Thierry Ardisson
Thierry Ardisson

Thierry Ardisson sur France 2, c'est fini. Libération publie ce week-end une lettre que l'animateur de Tout le monde en parle vient d'envoyer au patron de France Télévisions, Patrick de Carolis, après deux semaines de bras de fer.

L'auteur des Confessions d'un baby-boomer y accuse réception de la "sommation" qui lui a été notifiée par courrier recommandé de choisir entre son émission hebdomadaire 93, Faubourg Saint-Honoré sur Paris Première — chaîne de la TNT payante appartenant au groupe M6 et désormais considérée comme une chaîne généraliste hertzienne — et son émisssion Tout le monde en parle sur France 2. Il y indique que, ayant déjà re-signé pour une nouvelle saison sur Paris Première — avec, selon lui, l'accord tacite du directeur général de France 2, Philippe Baudillon — il ne renouvellera pas son contrat avec France 2, abandonnant Tout le monde en parle à partir de fin juin. Il ne manque pas de reprocher à Patrick de Carolis le "miracle que tu fusilles", c'est-à-dire cette émission qu'il a créée et animée depuis huit ans chaque samedi en deuxième partie de soirée, rappellant sa popularité et ses excellents chiffres d'audience ("27% de parts de marché, soit 8 points de plus que la moyenne de la chaîne") ainsi que son influence sur la vente de livres en France, donc sur son rôle culturel et éducatif incontournable qui manquera maintenant à la télé de service public.

De fait, Tout le monde en parle était l'émission télé la plus prescriptrice en matière de livres et, pour les milieux professionnels de l'édition, Thierry Ardisson reproduisait avec elle ce fameux effet Bernard Pivot des années '80 qui propulsait les ventes des titres présentés dès le lendemain de l'émission. Lui-même semble d'ailleurs croire à son rôle d'intellectuel et vulgarisateur culturel, soulignant avec insistance les noms de quelques grands auteurs reçus sur son plateau, comme si le public n'avait pas remarqué la nature et le genre de la quasi totalité des ouvrages promotionnés, ceux-ci relevant en général du best-seller insipide vendu en supermarché et oublié en 3 semaines: "documents" sur des affaires à scandales ou des conflits, "mémoires" de people (sportifs, chanteurs, comédiens, politiciens,...) rédigés par des nègres, "romans" croustillants si ce n'est tout simplement pornographiques, etc. Il faut beaucoup chercher pour trouver quelque once que ce soit de réelle actualité littéraire ou intellectuelle dans cette série de talk-shows mais, à la défense de l'animateur, les maisons d'édition seraient toutefois malvenues de renier aujourd'hui ce brave soldat victime des lois du PAF qui a si bien vendu les produits douteux qu'elles mettent sur le marché.

Thierry Ardisson conteste "l'interprétation termino-logique" qui est faite de son contrat mais indique dans sa lettre qu'il "n'y aura pas de procès" de sa part contre France 2. Les animateurs de France Télévisions sont en effet liés par une clause de contrat qui leur interdit de travailler en même temps pour des chaines du service public (France 2, France 3, France 4, France 5, etc) et des chaînes hertziennes privées (TF1, M6, Canal +, etc). Patrick de Carolis, nouveau Président de France-Télévisions — qui avait promis à son arrivée en août 2005 de se "débarasser" de cette génération d'animateurs-producteurs des années '90 type Marc-Olivier Fogiel, Thierry Ardisson, Arthur et autres Jean-Luc Delarue, un peu trop marqués par leur cynisme affiché en matière d'argent et de déontologie — semble bien décidé à faire appliquer cette clause d'exclusivité. A noter que, en bonne logique de programmation télévisuelle, le remplaçant pressenti, Stéphane Bern, actuellement sur Canal +, ne vaut guère mieux que Thierry Ardisson et obtiendra sans doute moins d'audience.

Dans l'impitoyable "mercato télévisuel" qui s'opère depuis un trimestre, Thierry Ardisson n'est d'ailleurs pas le seul concerné par les pièges contractuels opportunément mis en avant lors des multiples transferts, négociations, surenchères, rumeurs et autres tacles habituels du petit monde des animateurs-phares du PAF, ce dernier n'ayant plus rien à envier en matière de férocité à celui du sport. Côté service public, Laurent Ruquier, Guillaume Durand et Philippe Labro sont ainsi également rappelés à l'ordre sur la même question.

Thierry Ardisson fait l'objet d'un récent document-essai très critique de Jean Robin intitulé Ils ont tué la télé publique. Le manuscrit de cet ouvrage a été refusé par toutes les grandes maisons d'édition parisiennes qui craignaient de se mettre à dos le puissant animateur-vendeur de livres, mais il a été publié, avec succès, directement par son auteur inconnu sous une structure d'édition alternative, les Éditions du Journalisme continu, qui combine publication sur papier et diffusion par l'internet.