Sofia Coppola
Sofia Coppola

Présenté dans la sélection officielle du 59e Festival de Cannes, le Marie-Antoinette de Sofia Coppola sortira en salles dès le 24 mai.

Réalisé par la jeune cinéaste américaine fille de Francis Ford Coppola (producteur exécutif du film), il raconte l'histoire de la jeune Marie-Antoinette d'Autriche, née en 1755 Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine, princesse royale de Hongrie et de Bohême, archiduchesse d'Autriche et reine de France et de Navarre entre 1774 et 1793 avant d'être guillotinée le 16 octobre 1793.

On la découvre ici à ses débuts dans le monde guindé, codifié et frivole de la Cour de Versailles, lors de son mariage à l'âge de 15 ans avec le futur Louis XVI, alors à peine plus âgé qu'elle. Délaissée par son mari maladroit et vite lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose, elle se recréee un monde de distractions et plonge dans l'ivresse de la fête et les plaisirs des sens alors que la Révolution gronde aux portes de Versailles.

Le film de Sofia Coppola est inspiré en partie de deux biographies. D'abord la très romancée Marie-Antoinette (Éditions Flammarion) d'Antonia Fraser — biographe de nombreux personnages historiques de la royauté et accessoirement épouse du dramaturge Harold Pinter — et le C'était Marie-Antoinette (Éditions Fayard) de l'historienne française Evelyne Lever, également consultante sur le film.

Sofia Coppola n'a pas voulu traiter la grande Histoire et a évacué les nombreux autres essais biographiques, comme par exemple celui pourtant très célèbre de l'écrivain Stephen Zweig. Même si le rôle et la personnalité de Marie-Antoinette sont en cours de réhabilitation par les historiens (voir entre une dizaine d'autres livres récents l'essai d'Annie Duprat, Marie-Antoinette, une reine brisée chez Perrin, Chère Marie-Antoinette de Jean Chalon, également chez Perrin, ou encore Marie-Antoinette, le scandale du plaisir de Claude Dufresne chez Bartillat) et qu'on la perçoit désormais plutôt comme une innocente victime de l'opinion et de la calomnie, la plupart des ouvrages de référence publiés depuis deux siècles la jugent en effet sévèrement. Elle y est généralement décrite comme scélérate, intrigante, arrogante, perverse, cupide et, passant de la plus haute gloire à l'infâmie, "l'Autrichienne" aurait finalement bien mérité sa condamnation pour haute trahison contre la patrie ainsi que la peine de mort qui lui a été infligée par le tribunal révolutionnaire.

La cinéaste n'a elle repris de ces sources imposantes que les quelques éléments beaucoup plus légers qui pouvaient alimenter sa vision un peu décalée et très "anglo-saxonne" du monde glamour et décadent de l'aristocratie et de la courtisanerie française. Elle a surtout préféré mettre l'accent — comme dans ses deux autres premiers films Virgin Suicides (1999) et Lost in Translation (2003) — sur l'humanité et les tourments intérieurs d'une adolescente déracinée découvrant la réalité cruelle du monde, ne négligeant toutefois ni le côté raccoleur du libertinage de son héroïne ni les somptueux décors du Château de Versailles et de l'Opéra Garnier pour allécher le grand public des salles de cinéma, toujours avide de sexe, de luxe et de fastes historiques.

L'actrice Kirsten Dunst, déjà rôle principal dans Virgin Suicides, interprète à merveille la personnalité attachante de la jeune reine anticonformiste version Coppola, fragile, insouciante et mutine, sorte de Lady Diana Ancien Régime plongée dans un monde tourbillonnant et hostile.

Dans la distribution on notera notamment Jason Schwartzman en Louis XVI ainsi que la présence d'Asia Argento en comtesse Dubarry. Plus original, la chanteuse pop-rock Marianne Faithfull dans le rôle de la puissante impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, mère de Marie-Antoinette, qui ponctue régulièrement la narration par la lecture en voix off des lettres qu'elle envoie à sa fille.

-----

Sofia Coppola, Marie-Antoinette avec Kirsten Dunst, Asia Argento et Marianne Faithfull.