Daniel Navrot

Importé des États-Unis, où il fait florès tant sont nombreux les lobbies pour tout et n'importe quoi, le concept de Cercle de réflexion est relativement récent en France mais il commence depuis quelques années à y prendre racine et à s'y développer à vitesse grand V. Citons parmi les plus connus ou les plus influents: Notre Europe (l'un des premiers, fondé par Jacques Delors en 1996), l'ex-Fondation Saint-Simon, le club des Vigilants, la Fondation Copernic, Confrontations Europe, le club Le Siècle, L'Adalec, l'Institut Thomas More, le Cercle Alexis de Tocqueville, la Fondation Concorde, l'Institut Montaigne, la Fondation d'Entreprise Prométhée, Attac, l'Institut Choiseul, Fondapol, En temps réel, etc. Directement dépendant des partis politiques signalons aussi les Fondations Jean-Jaurès (PS), pour l'Innovation politique (UMP), Gabriel-Péri (PCF) et Robert-Schuman (UDF), entre autres. On en trouve de toutes sortes, certains même réellement utiles et à vocation louable d'atelier intellectuel, mais il faut bien reconnaître aussi que plusieurs de ces nouveaux cercles "d'honnête homme" du XXIe siècle, gravitant par exemple dans l'orbite des grandes multinationales, n'ont pas que le bien public pour objectif. Dans un monde où domination, pouvoir, ambition, compétition, sont devenus les horizons du moindre étudiant de grande école, il est indispensable non seulement de se grouper pour former à plusieurs de puissantes "boites à idées" aptes à promouvoir ou défendre tel ou tel intérêt économique en l'habillant d'idées politiques, mais aussi de tisser des réseaux personnels et d'entretenir des relations utiles dans des cercles privilégiés pour mener carrière et accéder à des postes de pouvoir.

Quoiqu'il en soit, plus ou moins fermés, élitistes et influents, les laboratoires d'idées se comptent aujourd'hui par centaines, touchant à peu près tous les grands secteurs de l'économie et couvrant tout le spectre de la vie politique française, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. Chaque think thank digne de ce nom compte au moins une ou plusieurs personnalités prestigieuses et des chercheurs spécialisés. Assemblées, déjeuners, votes, publication de notes thématiques, de bulletins d'information et de livres, interventions dans les médias, conférences, sensibilisation des élus, etc, occupent régulièrement l'emploi du temps de milliers de membres actifs.

Il devenait urgent de disposer de quelques repères sur ces structures souterraines qui observent, analysent, expertisent, informent, influencent et pèsent parfois très directement sur l'action publique des leaders d'opinion et des responsables politiques du pays. Daniel Navrot, ex-enseignant à l'IEP de Lyon, consultant politique et journaliste directeur de la lettre Prospective Rhône-Alpes, déjà auteur et éditeur de plusieurs annuaires et guides politiques, économiques, administratifs et sociaux de la région Rhône-Alpes, s'est attaqué au sujet. Il vient de compiler dans la collection des Cahiers de la Rénovation publiée par les éditions I.R.E.S de Lyon un très pratique Dictionnaire des clubs et think tanks politiques. 200 grands clubs et cercles "où se pense la politique de demain" — fondations, associations, centres universitaires, maisons d'édition, entreprises, etc... — y sont recensés et présentés en détail, du Club de l'Horloge à La République des Idées en passant entre autres par l'Institut Montaigne, le Cercle des Économistes, Entreprise et Progrès, Croissance Plus, l'IFRI, le CERI, la Fondation Res Publica, l'Académie du Gaullisme ou encore l'Ami Public. Chaque fiche indique tout ce qu'il y a à savoir sur chacun: vocation, historique, statut juridique (souvent sous forme d'association loi 1901), centres d'intérêts, couleur politique, principales études et travaux réalisés, adresse, site internet (l'internet joue souvent un grand rôle dans l'activité de ces structures parfois très légères en moyens matériels) et bien entendu noms des quelque 3.500 membres qui y participent.

Le Dictionnaire des clubs et think tanks politiques, 110 pages format 20x27, est vendu au prix de 46 euros, uniquement par correspondance auprès de l'IRES (Informations Recherches et Études Sociales) 2 Place de la Bourse 69002 Lyon, Tél: 04.78.37.25.99.