Jean-Luc Godard
Jean-Luc Godard

Fin mai 1968, Jean-Luc Godard débarque à Londres pour réaliser un film sur les problèmes d'avortement en Grande-Bretagne, mais le projet est bientôt abandonné. Il reste sur place, fréquente la scène artistique contestataire et projette alors de tourner un "film politique filmé politiquement" avec les Beatles ou les Rolling Stones.

Il croise le chemin de deux producteurs, Iain Quarrier et Michael Pearson, qui décident de financer le film. Les Beatles déclinent le projet, ce sera donc avec les Rolling Stones. Le groupe est précisément en train d'enregistrer à l'Olympic Recording Studios l'album Beggars banquet, qui deviendra l'un des chefs-d'oeuvre du rock et qui s'ouvrira sur une chanson des plus radicales: Sympathy for the devil ("chaque flic est un criminel, et tous les pêcheurs des saints,...").

Jean-Luc Godard filme pendant plusieurs jours et nuits les répétitions du groupe composé de Mick Jagger, Brian Jones, Keith Richards, Charlie Watts, Bill Wyman,..., tentant d'approcher au plus près le travail de création et le message contestataire de la musique. Il enregistre le work in progress rolling-stonien et monte ensuite cette genèse en alternance avec des scènes de violences et de discours révolutionnaires qu'il tournera entre juin et août 1968.

Au final, un film puzzle et agit-prop à l'écriture cinématographique radicale, préfiguration des futurs Ciné-tracts de son groupe de cinéma révolutionnaire Dziga Vertov, tagué de slogans politiques et d'images chocs. Une sorte de songe politico-psychédélique où l'on croise outre les Rolling Stones et Marianne Faithfull, entre autres des militants noirs membres des Black Panthers, un libraire fasciste pornographe lisant Mein Kampf, ou encore son égérie Anne Wiazemsky (déjà héroïne en 1967 de La Chinoise) dans un personnage nommé Eve Democracy.

Le film sortira à Londres en novembre 1968 (juste avant l'album Beggars Banquet des Stones), dans une ambiance conflictuelle car les producteurs — traités de fascistes par le cinéaste — imposent une version légèrement différente de celle de Godard qui ne voulait pas que la chanson Sympathy for the Devil soit entendue dans son intégralité. La version qui sort aujourd'hui en salles est celle de 96 mn voulue et montée par Jean-Luc Godard avec sa fidèle collaboratrice Agnès Guillemot et intitulée One + One.

Le DVD édité par Carlotta films présente lui les deux versions du film désormais culte: celle de Godard et celle de 104 mn des producteurs intitulée Sympathy For The Devil, où l'on entend au générique de fin la version entière (6 mn) de la chanson des Stones. En bonus également sur le DVD un making of / portrait de Godard signé Richard Mordaunt et une analyse de One+One par Jean Douchet et Christophe Conte.

A ne pas manquer aussi la rétrospective de quelque 200 films de, et sur, le cinéaste accompagnée de l'exposition Voyages en utopie, Jean-Luc Godard 1946-2006, au Centre Pompidou à Paris jusqu'au 14 août, et le livre collectif Jean-Luc Godard, Documents, publié à cette occasion par les éditions du Centre Pompidou.

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Jean-Luc Godard, One + One, Sympathy for the Devil, avec les Rolling Stones (DVD Carlotta Films).