Jérôme Cornuau

L'attraction cinéma de la semaine joue une carte qui ne devrait pas manquer de faire chavirer la bonne France nostalgique de la Belle époque. Inspiré de la série culte de Victor Vicas et Claude Desailly diffusée à partir de 1974 pendant 9 ans sur Antenne 2, Les Brigades du Tigre de Jérôme Cornuau ne rate aucune des références rappelant non seulement la série télé mais aussi le temps béni où la République Française qui portait moustaches et chapeaux melons savait encore se défendre contre les délinquants et les terroristes.

Nous sommes en 1907, sous la comploteuse IIIème République. Confronté à une vague de criminalité sans précédent, le président du Conseil et ministre de l'intérieur Georges Clemenceau, dit "Le Tigre", crée une unité de police spéciale destinée à lutter contre les nouveaux criminels sans foi ni loi qui ensanglantent le pays et font la Une des journaux de faits-divers. Douze brigades régionales de police mobile — les ancêtres des Services Régionaux de Police Judiciaire (SRPJ) d'aujourd'hui --, que les français appelleront bientôt "les brigades du tigre", sont mises en place. Trois ans plus tard, le commissaire Valentin (Clovis Cornillac) à la tête de son unité de policiers d'élite, a pour mission de mettre fin aux agissements d'un gang de bandits anarchistes qui utilise les premières automobiles pour se déplacer et multiplier les braquages audacieux, la fameuse Bande à Bonnot. Secondé par ses sympathiques acolytes — les inspecteurs Terrasson (Olivier Gourmet) et Pujol (Edouard Baer) — Valentin se lance à la poursuite de Jules Bonnot (Jacques Gamblin, excellent en ennemi public numéro 1) qu'il traquera sans relâche jusqu'à une spectaculaire et tragique fin à la dynamite. Entre-temps l'histoire se sera compliquée de la sombre affaire financière des Emprunts russes et de l'inévitable aventure sentimentale du bandit au grand coeur, le tout sur fond d'agitation sociale anarcho-syndicaliste, de guerre des polices et d'intrigues politico-diplomatiques de veille de première guerre mondiale.

Le réalisateur Jérome Cornuau, auteur déjà des peu brillants Bouge! et Folle d'elle avec Ophélie Winter, ne nous livre dans ces nouvelles Brigades du Tigre que du classique, tirant à fond sur la corde sensible de la mémoire française. Le spectacle nous est vendu dans un beau pack convenu de costumes et décors d'époque, de courses-poursuites et de bons sentiments sur lesquels on a rajouté la cerise gratuite d'un petit acteur à la mode (Clovis Cornillac), mais le film n'a aucune réelle densité, ni historique, ni politique, ni cinématographique et ne se démarque de la série télévisée des années '70 que par quelques scènes d'action plus violentes et plus entâchées d'hémoglobine. Même l'entêtante musique d'origine composée par Claude Bolling y est conservée pour tenter, malheureusement sans succès, de retrouver l'alchimie du feuilleton télévisé. Tout au plus peut-on créditer le cinéaste de moins négliger le cadre socio-historique et de montrer des personnages un peu plus complexes que sur le petit écran, les bandits pouvant avoir ici certains bons côtés humains, voire idéalistes, et les flics n'étant pas toujours des anges au service de la sécurité publique. Le divertissement ne vaut cependant ni le budget de 17 millions d'euros ni la promo à grande échelle qui lui sont consacrés. Encore moins la suite programmée, Les Brigades du Tigre 2, déjà mises en chantier par le producteur Manuel Munz.

En attendant la rediffusion de la série télé sur TMC, les aficionados du commissaire Valentin pourront aussi se jeter sur l'un des nombreux produits commerciaux dérivés du film, une sorte de prologue sous forme de Bande Dessinée intitulée Une aventure des brigades du tigre: Ni dieu, Ni maître, publiée chez Glénat par le dessinateur belge Jean-Yves Delitte et les deux scénaristes du film: Xavier Dorison et Fabien Nury. Personnages, ambiances, décors, tout y est, puisé à la même source.